Analyses anglo-saxonnes : socialement incorrectes ?
juin 2009
Le dernier livre de Julien Damon rassemble ses notes de lecture d’ouvrages qui ont marqué l’élaboration des politiques sociales dans le monde anglo-saxon ou nourri des débats encore vifs à leur sujet. Pour qui ressent le besoin de sortir de « l’étroitesse du spectre idéologique » français et ne disqualifie pas hâtivement les auteurs anglo-saxons pour pêché de libéralisme, c’est un ouvrage précieux. Non seulement parce qu’il épargne une lecture que le manque de temps, voire la langue, rend souvent impossible, mais parce que son auteur en profite pour redonner plusieurs notions essentielles et introduire à plusieurs auteurs incontournables. Comme il l’écrit : « Le détour par les États-Unis permet de revenir aux fondamentaux. » Ceux-ci ne sont pas des vérités assénées de toute éternité, mais les questions qui conditionnent le contenu des débats. Un exemple : le vieillissement de la population justifie-t’il de « mettre le paquet » sur les personnes âgées ou faut-il au contraire privilégier les politiques en faveur de la petite enfance ? l’antagonisme esquissé est il fondé ?
On ne trouvera pas d’analyse des systèmes de santé dans le livre de Julien Damon. En revanche, on y lira une réflexion stimulante sur les notions d’exclusion, sur le débat entre prestations universelles ou ciblées sur les plus pauvres, sur l’oubli des classes moyennes par les politiques et les observateurs du social, sur la sécurité et le rôle de la police. On la commencera en prenant quelques coups de pied aux fesses de nos certitudes. Pour un auteur américain ayant consacré un livre au « modèle social français » : « Si l’on est bien formé, bien payé, à 40 ans ou plus, marié avec des enfants, la France est probablement le plus formidable pays du monde. Dans bien d’autres cas, il est loin d’être certain que la France soit à la hauteur de la réputation qu’elle cherche à se donner d’être un pays de haute protection sociale. (…) Derrière la rhétorique séduisante et séductrice de la solidarité, ce sont les nantis et les privilégiés, rassemblés dans une sorte de nouvelle aristocratie, qui plaident pour l’égalité, mais à la conditon – impossible – qu’elle soit établie à leur niveau de bien-être. » Pour un autre : « Les Européens semblent vivre dans la douce illusion de la permanence de leur splendeur passée et avec la conviction erronée de l’impossibilité de voir leur prospérité actuelle s’effondrer. »
Que l’on ne se méprenne pas sur la provocation de ces quelques lignes : le livre est rempli de débats très pragmatiques, « à l’anglosaxonne ». C’est aussi un de ses grands intérêts.
Julien Damon. Questions sociales : analyses anglo-saxonnes. Socialement incorrect ? PUF, 2009. 240 pages, 22 euros
Sur Carnets de santé : entretien avec Julien Damon
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