Arrêt du tabac : un comportement plus collectif qu’individuel
juin 2008
Nicolas A. Christakis et James H. Frazer poursuivent leur exploitation originale des données de la célèbre cohorte Framingham. Après avoir montré l’importance des contacts sociaux pour expliquer l’épidémie d’obésité aux Etats-Unis (voir article dans Carnets de santé), ils montrent que l’arrêt du tabagisme est un phénomène de groupe bien plus qu’une décision purement individuelle.
Malgré l’importance diminution de la prévalence du tabagisme aux Etats-Unis en une quarantaine d’années (de 45 à 21 % dans la population adulte), la taille des groupes de fumeurs reste constante, ce qui suggère que ce sont des groupes entiers qui arrêtent ou pas. De plus, les relations entre groupes de fumeurs et groupes de non-fumeurs sont de plus en plus distendues : ils ne se mélangent plus comme quelques décades auparavant.
La décision de cesser le tabac de la part d’une épouse augmente de 61 % la chance pour le mari de cesser également. Entre frères et soeurs, cette augmentation est de 25 %. Elle est de 36 % entre amis et de 34 % entre collègues de travail dans une petite entreprise. Hormis ce dernier cas, la distance géographique entre les individus ne joue aucun rôle. En particulier, le voisinage n’a aucune influence. Pour les auteurs, il s’agit d’un argument en faveur du rôle majeur des valeurs partagées, avec un effet favorable de l’exemple des individus ou des groupes socialement favorisés sur les individus ou les groupes plus défavorisés.
Sans nier l’intérêt des campagnes nationales d’incitation à l’arrêt du tabac ou l’influence d’autres facteurs comme le niveau socio-culturel, bien connus, les auteurs plaident pour des campagnes ciblées sur des petits groupes et pour un soutien par les pairs, c’est-à-dire par les personnes arrêtant ou ayant arrêté, méthodes qui ont fait leurs preuves dans les sevrages alcooliques.
Voir aussi l’entretien avec Antoine Bevort, à propos du capital social, sur Carnets de santé.
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