Ballade nocturne (à propos de La nuit sexuelle, de Pascal Quignard)
décembre 2007
Lecteurs pressés, effeuilleurs d’images, passez votre chemin ! Comme tous ceux qu’il a écrit, le dernier livre de Pascal Quignard a besoin de la démarche lente et songeuse du promeneur, qui s’arrête, revient en arrière, puis repart d’un pas plus allègre, enchanté de la découverte qu’il vient de faire, trois fois rien ou paysage sublime. Ballade grivoise ? assurément, parfois. Mais inquiète aussi, attentive, comme toutes les marches solitaires. Car derrière les images trépidantes de l’excitation médiatique, derrière l’explicite sexuel, la joie de la fornication, le plaisir plus ou moins honteux du voyeurisme, se tient la nuit, nous montrent Quignard et les artistes qu’il convoque. La nuit, vieille affaire, que la lumière électrique tente de nous faire oublier. La nuit d’avant soi, la scène primitive, diraient les modernes en copiant Freud, mais aussi, ajoute Quignard, la scène préhistorique des cavernes, aux parois recouvertes des fantômes du gibier tué. La nuit des corps nus, la nuit des rêves, la nuit de la mort inéluctable, la nuit du désir qui toujours revient. La nuit du noir de la peinture.
Comme toujours chez cet auteur, l’Antiquité est proche, rendue familière par une façon de raconter qui tient sans doute à une érudition parfaitement maîtrisée. Elle l’était aussi pour les peintres d’Europe. Mais cela ne suffit pas à expliquer les allers-retours aisés entre le texte et les reproductions (d’une très grande qualité) : il y a aussi les modernes et quelques artistes du Japon ou d’ailleurs. La nuit est universelle. C’est une très grande délectation de laisser Pascal Quignard nous saisir par le vêtement ou un bout de corps pour nous y guider.
Pascal Quignard. La nuit sexuelle. Flammarion, 2007. 280 p. 85 €.
Article paru dans le numéro 791/792 du 18 décembre 2007 de la Revue du praticien médecine générale