Chirurgiens-dentistes : démographie et horizon 2030
septembre 2007
Dans Etudes et Résultats n° 594 et 595 (septembre
2007) : Les chirurgiens-dentistes en France - démographie et
horizon 2030. Extraits.
Un peu plus de 40 000 praticiens actifs ont été
recensés par l’Ordre national des
chirurgiens-dentistes au 31 décembre 2006.
Les effectifs ont crû
régulièrement au cours des quinze
dernières années mais de manière plus
modérée que la population française.
La densité de chirurgiens-dentistes est ainsi
passée de 67 à 65 pour 100 000 habitants entre
1990 et 2006. Le ralentissement de la croissance
démographique (voire sa diminution à compter de
2004) ainsi que le vieillissement marqué de la profession
sont consécutifs à la mise en place
d’un numerus clausus depuis 1971 et à la
réduction drastique du nombre de places ouvertes en
deuxième année d’odontologie entre 1985
et 1995.
Avec plus de 90 % des chirurgiens-dentistes exerçant en
cabinet individuel ou en tant qu’associés,
la profession demeure
très majoritairement libérale. En
début de carrière, les femmes
s’orientent davantage vers un exercice salarié que
leurs homologues masculins. Avec
une
femme pour deux hommes actifs, elle reste aussi
la moins
féminisée des professions de santé
réglementées en raison
d’un mouvement de féminisation plus tardif et un
peu moins marqué.
Dans un contexte de libre installation des libéraux sur le
territoire national, on observe une
disparité
importante des densités entre le Nord et le Sud
du pays d’une part et une
concentration
des chirurgiens dentistes
dans
les grandes agglomérations au
détriment des zones rurales d’autre part.
Les Echos (10 septembre) notent ainsi : «
On compte 136 dentistes pour
100.000 habitants à Paris, contre 35 à 40 dans la
Creuse ou l'Orne. La densité tombe à 20 dans les
zones rurales. »
Si le numerus clausus
était maintenu à 977 étudiants, la
densité des chirurgiens-dentistes en France diminuerait
encore sensiblement, passant de 65 pour 100 000 habitants
en 2006 à 40 en 2030. Les entrées dans la vie
active devraient s’accroître pour se stabiliser
à partir de 2010-2015. En revanche, les cessations
d’activité seraient toujours plus nombreuses
(départs à la retraite) et le solde avec les
entrées projetées devrait se creuser au cours des
quinze prochaines années.
Les auteurs notent qu'il ne
suffirait pas de relever le numerus clausus pour améliorer
la situation, d'autant que cette mesure serait d'application difficile,
les écoles n'y étant pas
préparées et l'augmentation ne devant pas
être continue, mais par à coups, pour
être optimum.
La profession continuerait de vieillir jusqu’en 2015, avant
de rajeunir et de retrouver en 2030 le même niveau
qu’en 2006 (48 ans). La proportion de femmes au sein de la
profession serait toujours plus importante, pour atteindre 45 % en 2030
(35 % actuellement). À comportements identiques, la
diminution du nombre de chirurgiens-dentistes affecterait autant les
libéraux que les salariés,
d’où une répartition stable entre les
deux modes d’exercice à l’horizon 2030.
Des statistiques récentes indiquent qu’
environ 35 % des
Français ont consulté un chirurgien dentiste au
moins une fois dans l’année. Par
ailleurs, en 2004,
6,5 %
de la population déclaraient avoir renoncé ou
reporté des soins et prothèses dentaires ou
d’orthodontie pour des raisons financières.
Ces besoins doivent toutefois être relativisés du
fait de l’
amélioration
considérable de l’état de
santé bucco-dentaire en France, notamment celui
des enfants, grâce aux campagnes de prévention et
à la promotion de l’utilisation du fluor. Le
nombre de dents cariées, absentes ou obturées
(aussi appelé « indice CAO »)
à 12 ans a ainsi connu une baisse spectaculaire de 4,2 en
1987 à 1,9 à la fin des années1990,
malgré la persistance des inégalités
sociales dans ce domaine. Les soins conservateurs et les actes de
prothèses dentaires, qui constituent encore près
de 90 % des honoraires totaux des chirurgiens-dentistes
libéraux, ont ainsi eu tendance à diminuer au
profit des actes d’orthopédie dento-faciale et des
actes en radiologie.
À état de santé constant,
de nouveaux besoins ou des
demandes de prises en charge plus complexes se sont
également développés : une attention
accrue au « corps et à la santé
», une plus forte demande « esthétique
», l’accès aux soins dentaires de
populations qui en étaient auparavant exclues, notamment
grâce à la couverture maladie universelle(CMU).
Ces problématiques soulèvent des questions
relatives à l’organisation des soins dentaires,
caractérisée par des
inégalités territoriales fortes de
l’offre libérale, des carences en termes
d’offre de substitution à la pratique de ville
(maillage villehôpital) et une existence limitée
de formes d’exercice adaptées au vieillissement de
la population (réseaux de prise en charge des urgences,
structures intermédiaires ou mobiles…).