Franchise : le point de vue d’André Grimaldi
juillet 2007
André Grimaldi est chef du service de diabétologie-métabolisme, groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, Paris. Il répond à l’article de Claude Le Pen et Guy Vallencien (Le Monde du 16 juin 2007 ; extraits sur ce site) dans le Monde du 11 juillet 2007. extraits :
" Claude Le Pen et Guy Vallancien proposent donc de "responsabiliser" non pas les médecins mais les patients, en leur faisant payer une "très petite partie des frais médicaux" (70 euros par foyer fiscal ?). (...) (Ils) évitent de se demander pourquoi des médecins prescrivent des examens inutiles et pourquoi 3 000 médecins conseils de la Sécurité sociale n’ont pas les moyens d’éviter cette dérive prescriptive. De même, ils ne se demandent pas pourquoi la Sécurité sociale accepte de rembourser les frais de transport des patients valides et pourquoi elle finance indirectement le marketing de l’industrie pharmaceutique dont la fonction est de pousser à la prescription de nouveaux médicaments souvent coûteux.
Ni pourquoi les recommandations médicales de la Haute Autorité de santé (HAS) ne disent rien du prix des médicaments, pourquoi l’HAS n’a pas élaboré une liste des prescriptions inutiles qui pourraient avoir un caractère opposable, pourquoi on impose aux patients de revenir tous les mois seulement pour renouveler l’ordonnance, pourquoi certains médicaments non remboursés dans d’autres pays européens sont remboursés en France, et pourquoi on a offert la gestion des pompes à insuline à des entreprises privées (Air Liquide, Nestlé, etc.) avec un doublement du coût. Pourquoi, enfin, a-t-on imposé aux hôpitaux le système inflationniste du paiement dit à l’activité (T2A), qui conduit chaque service à gonfler artificiellement son activité en multipliant les actes et les activités "rentables" indépendamment de leur utilité. (...)
il suffit de regarder les résultats du système "responsabilisant" le plus les patients, le système américain. (...) C’est le système le plus cher, le plus inégalitaire et le moins performant. (...) Ni la génétique ni l’environnement n’expliquent que le taux de complication du diabète soit significativement corrélé à la couverture sociale des patients.(...)
Il est médicalement aberrant, socialement injuste, financièrement coûteux, de faire payer le "petit risque" en attendant la survenue de la grande complication."
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