Homoparentalité : le point de vue de Sylviane Agacinski
juillet 2007
Dans le Monde du 22 juin 2007, un point de vue de Sylviane Agacinski (philosophe, professeur agrégée à l’Ecole des hautes études en sciences sociales) sur l’homoparentalité. « Les homosexuels ont toujours eu des enfants, avec une personne d’un autre sexe, sans avoir besoin de se définir comme "homoparents". Le mot-valise "homoparentalité" a été forgé pour instaurer le principe d’un couple parental homosexuel et promouvoir la possibilité juridique de donner à un enfant "deux parents du même sexe".
Or (…) ce n’est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage ni la parenté, mais d’abord le sexe, c’est-à-dire la distinction anthropologique des hommes et des femmes. (…) le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s’étayait directement sur la génération sexuée. (…) il est impossible de ne pas voir l’analogie entre la dissymétrie sexuelle qui préside à la génération et les deux côtés, masculin et féminin, de l’ascendance d’un individu. Il n’y a là aucune confusion entre la nature et le social, mais il y a une analogie, c’est-à-dire une identité de structure entre le couple géniteur, sexué, et la bilatéralité de la filiation. L’altérité sexuelle donne son modèle formel à la bilatéralité des ascendants (c’est pour cela, et pour cela seulement qu’ils sont deux, et non pas trois ou quatre). (…)
Il s’agit donc de savoir si l’institution du mariage et de la filiation doit continuer à inscrire chacun dans l’ordre d’une humanité elle-même sexuée, ou bien si l’on veut briser ce modèle dans lequel s’articulent la génération, la différence des sexes et celle des générations. (…)
Cependant, il est conforme à l’égalité des droits entre les individus de reconnaître à chacun un droit à l’adoption, sans discrimination de sexe ni de sexualité. (…) La fonction de beau-père, ou de belle-mère, assortie de droits et de devoirs, pourrait fournir le modèle d’une relation familiale nouvelle. »
|