L’âme et le corps au Moyen-Âge
août 2008
Le site Nonfiction.fr publie un entretien avec Jérôme Baschet, historien du Moyen-Âge (dont je recommande particulièrement les ouvrages " La civilisation féodale " - Aubier 2004 - et le récent " L’iconographie médiévale " - Gallimard, Folio histoire, 2008). En voici quelques extraits concernant les rapports de l’âme et du corps.
" L’image que l’on se fait en général des conceptions chrétiennes (...) réduit celles-ci à un simple dualisme (le corps, mauvais, serait une prison pour l’âme, qui n’aspire qu’à s’en échapper). En réalité, les conceptions médiévales sont beaucoup plus complexes. Certes, la personne humaine est faite d’un corps et d’une âme, qui sont deux entités complètement différentes, mais plutôt que de poser la nécessaire séparation de ces deux éléments, les théologiens et les clercs médiévaux cherchent à les articuler. Ils conçoivent la personne humaine comme une association positive de l’âme et du corps, dont l’union est nécessaire au salut et même à la pleine béatitude paradisiaque (du fait de la résurrection finale des corps). Pour Thomas d’Aquin, la séparation de l’âme et du corps est contre-nature ; ce qui est normal, c’est l’unité du corporel et du spirituel dans la personne.
(...) On pourrait dire que les images sont justement la preuve qu’il est possible d’articuler le corporel et le spirituel. Les images sont des objets matériels, mais qui ont une visée spirituelle, puisqu’ils cherchent à établir une sorte de communication avec le monde céleste, avec la divinité ou les saints. Si l’on recourt aux images dans la société médiévale, c’est précisément parce qu’elles conjuguent une dimension matérielle que des matériaux précieux rendent souvent éclatante (ce sont des "images-objets") et une forte valeur spirituelle, qui engage aussi l’âme et surtout l’imagination. (...)
Voilà pourquoi cette idée d’une articulation non dualiste du spirituel et du corporel me semble être un élément central pour comprendre la société médiévale, et notamment le fait que les images y acquièrent une place croissante (...)."
Nonfiction.fr
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