L’avortement chez les jeunes femmes : norme ou traumatisme ?
mars 2012
L’augmentation du nombre des IVG chez les jeunes françaises est le plus souvent présentée comme un problème de santé publique majeur témoignant d’un échec de la politique contraceptive de notre pays. Il est à l’origine du rapport remis récemment par Israël Nisand à Jeannette Bougrab, secrétaire d’État chargée de la jeunesse. La sociologue Nathalie Bajos et quatre médecins épidémiologistes, toutes femmes, invitent à nuancer fortement ce constat.
S’appuyant sur un rapport de l’Academy of Medical Royal College (britannique) recensant « l’ensemble des études sur ce sujet auprès de femmes de tous âges », elles soutiennent que non seulement « l’IVG pratiquée dans un contexte médicalisé ne présente presque plus aucun risque pour la santé », mais que les femmes qui y ont eu recours « ne présentent pas, par la suite, plus de troubles psychiques que celles qui poursuivent leur grossesse. » Certaines peuvent même « vivre un avortement comme un des événements fondateurs de leur vie d’adulte. » Les signataires ne contestent pas le bien fondé des mesures du rapport concernant la contraception, mais, tout en proposant leurs propres pistes d’amélioration (adapter la méthode choisie à la jeune femme sans privilégier systématiquement la pilule), elles rappellent que l’augmentation des taux d’IVG des mineures est davantage lié à un recours plus fréquent à l’avortement qu’à une augmentation du nombre de grossesses non prévues. Elles reprennent ainsi des propos déjà tenus par Nathalie Bajos, pour qui l’IVG est devenu un moyen "banal" des très jeunes femmes pour contrôler leur fécondité. En somme, concernant l’IVG, il faut se garder d’un regard « moralisateur » traduisant « une panique morale des adultes face au sentiment de ne pas pouvoir maîtriser la sexualité des jeunes."
Répondant à cette tribune, Israël Nisand, Brigitte Letombe (gynécologue) et Sophie Marinopoulos (psychanalyste), rappellent qu’ils ont été parmi les premiers défenseurs de l’IVG, mais qu’ils refusent pour autant de la banaliser. D’une part, « la santé psychique échappe souvent aux froides analyses statistiques » (« La souffrance ne se coche pas, elle se parle ! », en faisant allusion aux méthodes de recueil des données en épidémiologie), d’autre part, recevant « des femmes tout au long de leur vie, nous ne pouvons pas laisser dire que les femmes qui y ont recours ne sont pas marquées par cette expérience. La meilleure IVG est celle qu’on a pu prévenir. » Les signataires rappellent aussi qu’il serait utile « d’initier les garçons à leur vraie responsabilité. »
Rapport Nisand (site du Secrétariat d'État à la jeunesse)
Nathalie Bajos, Michèle Ferrand, Laurence Meyer, Caroline Moreau, Josiane Warszawski. Faut-il s’inquiéter du recours à l’avortement chez les jeunes ? Libération, 1er mars 2012.
Israël Nisand, Brigitte Letombe et Sophie Marinopoulos. Faut-il s’inquiéter du recours à l’avortement chez les jeunes ? Oui. Libération, 9 mars 2012
Martine Lamoureux. L’avortement se banalise chez les adolescentes. La Croix, 26 avril 2011.