La République est une femme
février 2009

Tous ceux dont le métier est de prendre soin des autres devraient lire le dernier livre de Fabienne Brugère. Il montre en effet que si les activités de « sollicitude » sont encore trop souvent associées au genre féminin et dévolues aux femmes, elles expriment une valeur qui vaut pour tout humain : la fraternité, aujourd’hui facilement supplantée par une valeur « solidarité » qui ne vaut qu’entre étrangers. Pour Fabienne Brugère, elle est le contrepoids indispensable à une société d’individus qui sans elle risque de s’atomiser en égoïsmes vaguement compatissants aux malheurs des autres et oublieux de la vulnérabilité constitutive de l’humain : la superbe autonomie « trébuche » quotidiennement sur les accidents de la vie. Il y a donc une continuïté entre le parent, l’éducateur (trice), celui ou celle qui s’occupe d’une personne dépendante ou d’un malade et l’humain du commun, qu’il soit homme ou femme : celle de l’attention, préalable de la sollicitude.
Ainsi la fraternité fonde les relations sociales et fait que la société « se tient ». Elle est une valeur éminemment politique, comme le reconnaissent les frontons de nos mairies. Elle implique une attention particulière aux professions qui en ont la charge : son exercice concret, la sollicitude, peut être usante et doit être reconnue et valorisée. Les femmes sont peut-être en train de conquérir l’autonomie réservée aux hommes, qui ont, eux, tout intérêt à s’approprier la sollicitude dite « féminine ». Après tout, la République est une femme.
Fabienne Brugère. Le sexe de la sollicitude. Seuil. Collection Non Conforme. 2008. 186 pages. 16 euros.
Photo : Marianne de la
mairie de St Julien Labrousse
(Ardèche)
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