La pauvreté, c’est pas la santé
octobre 2008
À la demande du Secours populaire français, IPSOS a réalisé un sondage (1002 personnes) sur la perception qu’ont les Français de la pauvreté. Il en ressort qu’une large majorité (85 %) pense que leurs enfants ont un risque de "tomber" dans celle-ci, surtout s’ils appartiennent aux "classes populaires" : " plus des deux tiers des employés et des ouvriers (67%) jugent cette éventualité très élevée pour leurs enfants."
Pour les sondés, la pauvreté est bien sûr une question de revenus : ils fixent le seuil à 1 006 € nets/mois pour une personne seule, ce qui est un peu moins que le SMIC ; il est d’autant plus élevé qu’ils sont âgés, aisés socialement et diplômés ; il est à un niveau particulièrement bas chez les non diplômés (863 €), les catégories populaires (934 €) et les jeunes de moins de 35 ans (969 €).
Mais la pauvreté est aussi une question d’accès à la culture, aux loisirs ou aux soins. " Pour la quasi-totalité (92%), ne pas réussir à se procurer une alimentation « saine et équilibrée » est aussi un signe de pauvreté ; (...) une personne est pauvre lorsqu’elle a du mal à envoyer ses enfants en vacances au moins une fois par an (74%) ou si elle a du mal à accéder à des biens ou des activités culturelles et de loisirs pour soi ou sa famille (75%).
" À cause de leur coût, près de deux Français sur cinq (39%) ont déjà retardé ou renoncé à des soins, cette proportion montant à 52% dans les foyers les plus pauvres (moins de 1 200 € nets / mois). " Il s’agit en particulier de prothèses dentaires (31 %) ou de lunettes(29 %). Il faut signaler au passage que ce sont toujours ces dépenses qui sont prioritairement évitées dans les systèmes utilisant les franchises si rien n’est fait pour y remédier (voir l’entretien avec Pierre-Yves Geoffard sur Carnets de santé).
"Un quart des Français (des sondés ...) a déjà retardé ou a renoncé à une consultation chez un spécialiste (24%) ou chez un dentiste (23%). (...) 17% des Français ont déjà renoncé à une consultation chez un médecin pour des raisons d’éloignement géographique. "
Globalement, les sondés sont satisfaits de leur état de santé, mais l’insatisfaction à l’égard de celui-ci est particulièrement forte chez les personnes ayant les plus bas revenus (22% des répondants aux revenus inférieurs à 1 200 € nets par mois contre seulement 3% des répondants ayant des revenus supérieurs à 3 000 € nets par mois).
Espérons que les responsables de l’INPES réfléchissent sur les données suivantes : " si 80% déclarent avoir globalement une alimentation saine et équilibrée, près d’un Français (sondé ...) sur trois (30%) n’a pas les moyens de s’offrir une alimentation saine et équilibrée, cette proportion montant à 39% chez les employés et à 42% chez les ouvriers. Et en termes de revenus, les inégalités d’accès à une alimentation saine et équilibrée sont encore plus fortes, touchant près d’une personne sur deux (46%) dans les foyers les plus modestes (moins de 1 200 € nets par mois), contre seulement 12% des individus dans les foyers les plus riches (3 000 € nets par mois)."
Sondage IPSOS
: les Français et la pauvreté
Secours populaire français
Photo : Hong-Kong, 2007 - © serge cannasse