La religion dans l’espace public
novembre 2011
Le numéro de février 2011 de la revue Esprit (Religions et politique : séparations sous tension) contribue à éclaircir les interrogations quant au fait religieux. On retiendra d’abord la distinction proposée par Jean Baubérot et Micheline Milot entre laïcité et sécularisation : la première porte sur les valeurs qui assurent l’unité sociale et fondent le droit, la seconde sur les pratiques religieuses effectives des personnes. Il importe de bien les différencier à une époque où pour beaucoup, la seconde menace la première, opinion qui, selon nos auteurs, est le fruit de leur confusion et se trouve démentie par les faits dans d’autres pays.
Dans le même esprit, on s’arrêtera également aux développements de Mondher Kilani sur la séparation entre sacré et profane : le « fait religieux » est un point de vue occidental. Pour de nombreux peuples, il n’y a pas d’ailleurs « transcendental », qu’il soit nommé Dieu, société, religion ou culture. En revanche, il peut y avoir des êtres « autres », par exemple, des animaux mais aussi des entités invisibles, dont il importe de se différencier pour fonder son humanité. Et encore ! Kilani rapporte que pour les Pygmées, leurs voisins bantous et les missionnaires protestants sont également ridicules : ils s’inventent des puissances occultes, alors qu’on a déjà bien assez à faire avec ce que nous avons sous les yeux. La mise en garde de Kilani est éminemment pragmatique : plutôt que de s’attarder au contenu supposés des croyances, attachons nous à ce que font réellement les gens que nous considérons comme « autres » plutôt que « d’expliquer » leurs activités par des croyances que de fait nous ne connaissons pas.
Esprit. Religions et politique : séparations sous tension. Février 2011.
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