La satisfaction des infirmières, indicateur du fonctionnement de l’hôpital
avril 2009
Dans son numéro de janvier 2009, la revue de l’Assurance maladie, Pratiques et organisation des soins, publie un article québecquois dans lequel l’auteur fait l’hypothèse que la satisfaction des infirmières à travailler dans un hôpital est un bon indicateur du fonctionnement de celui-ci. S’appuyant sur l’analyse des "magnets hospitals" américains, il propose un critère simple pour l’évaluer : le taux de renouvellement du personnel infirmier. Et il donne 8 facteurs permettant d’améliorer les choses. De quoi réconcilier partisans des mesures et amoureux de la qualité.
Un "magnet hospital" est un hôpital qui associe satisfaction du personnel, satisfaction des usagers et bonne qualité des soins. La traduction française du terme est en général littérale : hôpital magnétique, ce qui est logique pour des Québecquois en général rompus à l’usage de l’anglais. Il est préférable d’employer le terme d’hôpital attractif, qui veut dire la même chose, mais semble plus éloquent dans le contexte francophone européen.
C’est donc un hôpital où les gens sont contents de travailler, même s’ils ne sont pas plus payés qu’ailleurs et même si la charge de travail est aussi importante que dans les autres établissements. Non seulement ces hôpitaux ont moins de problèmes de recrutement que les autres, ce qui n’est déjà pas si mal, mais de nombreuses études ont aussi montré que la satisfaction du personnel va de pair avec celle des usagers et une bonne qualité des soins. On peut l’expliquer de différentes manières. Par exemple, la circulation de l’information est améliorée, ce qui est un élément décisif de l’efficacité dans les services hospitaliers.
Le taux de satisfaction des infirmières est un indicateur global de la qualité du fonctionnement hospitalier. Il est possible de l’évaluer simplement avec le taux de renouvellement du personnel infirmier (ce que l’auteur appelle taux de roulement), un critère annexe mais révélateur étant le taux de recours aux agences d’intérim. Il est également possible de l’améliorer. L’auteur propose huit critères qui ont fait la preuve de leur pertinence.
autonomie infirmière importante : c’est le critère fondamental ; elle permet le dynamisme des équipes ;
support de l’administration pour les conditions de travail ; la direction est notamment joignable en permanence ; allant de pair avec le critère précédent, elle considère le personnel comme le meilleur des consultants ; les niveaux hiérarchiques sont réduits au maximum ;
bonne collaboration entre médecins et infirmières ; ce critère est valable en établissement de santé, quel qu’il soit, comme en ville ; il est largement documenté ;
la profession infirmière est valorisée et se sent respectée (elle est notamment écoutée dans les instances de décision) ;
confiance entre les pairs, importance de la notion d’équipe, partage de valeurs communes, contrôle par les pairs ;
personnel en nombre suffisant, en particulier personnel spécialisé (aux États-Unis, les infirmières peuvent acquérir différentes compétences reconnues par l’université) ;
un patient réellement au centre de la prise en charge, avec beaucoup d’importance donnée à la clinique ;
recherche constante d’amélioration de la qualité ; le droit à l’erreur est reconnu (mais pas celui à la faute) ; " une activité chaotique est préférable à une inactivité ordonnée ".
Tout cela n’a rien de chimérique, permet des comparaisons intelligentes entre établissements et ne coûte pas plus cher que le statu quo.