Le « modèle scandinave » est-il transposable en france ?
mai 2007
Dans Libération du 21 mai 2007, un entretien avec André Sapir, chercheur au European Center for Advanced Research in Economics and Statistics, Bruxelles. Extraits :
" Les deux modèles (économiques, anglo-saxon et scandinave) ont en commun de favoriser une grande flexibilité des marchés, y compris celui du travail. C’est la raison pour laquelle ils fonctionnent mieux dans le nouveau cadre de l’économie globalisée qui entraîne des changements rapides. Mais il existe une différence essentielle, à partir de laquelle on peut opter pour deux choix de société opposés. Le premier part de l’idée que c’est aux individus de gérer leur vie et que le rôle de l’Etat doit rester – ou redevenir – modeste, le second réaffirme l’importance de la puissance publique dans ses missions de redistribution, garante de solidarité et d’égalité. (…)
Comme les Anglo-Saxons, la France n’a pas une tradition de négociations centralisées entre syndicats et patronat et il n’est pas pensable qu’un seul syndicat comme Landsorganisationen, en Suède, qui regroupe 80 % des salariés, parle au nom de l’ensemble du monde du travail. En revanche, à la différence des Anglo-Saxons, l’Etat français est très interventionniste. Mais, là encore, sur un mode en partie différent de celui des pays scandinaves puisque la puissance publique préfère laisser les partenaires sociaux s’entendre entre eux.
Clairement, la faible taille des pays scandinaves, leur grand degré d’ouverture aux échanges internationaux et leur relative homogénéité sociale font que leurs systèmes sont difficilement transférables à un vaste pays comme la France. Malgré tout, on peut s’inspirer de la logique d’ensemble qui est d’allier efficacité économique et équité sociale dans une sorte de donnant-donnant.
La France dispose d’atouts extraordinaires mais elle vient de perdre plus de dix ans par immobilisme alors que les changements s’accéléraient tant en Europe qu’à travers le monde. Elle doit regagner confiance en elle en investissant plus pour le futur à travers l’éducation et la recherche et en réformant son modèle social pour donner plus d’opportunités au travail.
La contrepartie naturelle (à la flexicurité), je la vois au niveau de l’effort d’éducation et de formation, là encore une grande réussite du modèle scandinave. (…) La formation professionnelle doit être vue comme un élément dans une stratégie d’ensemble visant à augmenter la capacité de travail. L’idée de donner une compensation à certains salariés pour la perte de leurs avantages acquis ne me paraît pas très justifiée. Les aides ne doivent pas être destinées à atténuer la perte de rentes de situation, mais attribuées à ceux qui doivent faire face à des situations difficiles."