Paul Fabra et le bonheur du journalisme
juillet 2007
Quelques extraits d’un article de Paul Fabra dans les Echos du 6 juillet 2007, qui expliquent bien mieux que moi pourquoi je fais ce blog (les passages en gras le sont par moi) :
" Fatal aveuglement des gens sérieux ! Une vie entière de journalisme conduit à cette conclusion surprenante mais d’une brûlante vérité et hors de laquelle il est vain de discourir sur les décisions, radicales ou pas, à prendre pour sauver la liberté de la presse écrite, c’est-à-dire de la presse tout court en France : le destin d’un journalisme libre est intimement, organiquement, lié au bonheur du journalisme. Ce n’est pas que les journalistes ont pour vocation d’être heureux. La réalité est plutôt qu’ils appartiennent à la race lamentable et magnifique, dont parlait Marcel Proust, des gens incapables d’être heureux à cause de l’hypersensibilité de leur système nerveux ! Mais la question n’est pas là. Elle est qu’il est tout simplement impossible de faire bien ce métier si on n’est pas intérieurement soutenu par l’idée que vivre dans une société démocratique, c’est vivre dans une société qui exige de chacun de nous un effort constant (et souvent douloureux) de vérité !
Nous passons tous plus ou moins notre vie à chercher notre vérité. Il s’agit ici d’une discipline consistant à le faire à la petite semaine, les yeux et les oreilles grands ouverts et le crayon à la main ! Concrètement, la seule question qui vaille est la suivante : à quelles conditions une entreprise de presse est-elle en mesure d’offrir à chacun de ses journalistes une chance d’éprouver, heureux ou malheureux, une chance de trouver dans son travail un bonheur incomparable à reconquérir chaque jour un peu plus durement ?
Il n’y a en soi aucune arrogance ni affirmation d’on ne sait quelle supériorité dans le refus instinctif des journalistes de refuser d’être comme une entreprise de chaussures, de chapeaux ou de sacs, transférables avec armes et bagages d’un propriétaire à l’autre. Il y a simplement souci d’affirmation que l’âme du journal existe et qu’elle existe indépendamment des immeubles, meubles et machines transférés.
Les journalistes sont les servants d’une information vraie (dans la limite de leurs capacités et possibilités d’action) à condition qu’aucune interférence n’intervienne. Ces interférences les rendent à la fois malheureux et impuissants."
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