Pourquoi certains médecins prescrivent beaucoup et d’autres moins.
février 2012
On accuse souvent les patients français d’être de gros consommateurs de médicaments, particulièrement de psychotropes. L’explication fournie est la facilité à se faire rembourser par une sécurité sociale très généreuse. C’est oublier qu’il faut d’abord que ces médicaments soient prescrits. Quand cette évidence est prise en compte, l’explication avancée est en général qu’il s’agit surtout de médecins généralistes cherchant à conserver leur clientèle : ils donnent au patient ce que celui-ci réclame.
Ça n’est pas complètement faux, si on entend par là que " le recours au médicament permet de construire une relation avec le patient et de lui montrer que sa plainte est prise en compte. " Mais à partir du travail que vient de réaliser la sociologue Anne Vega sur le sujet, un excellent article de Mathilde Debry montre que ça n’est pas si simple. On retiendra notamment la confiance peu critique des médecins à l’égard du médicament, qui tient en grande partie à leur formation insuffisante sur le sujet, et leur manque de réponse en dehors du médicament à des plaintes plutôt "sociales". Surtout, tout dépend de l’appétence à soigner du thérapeute. Anne Vega ose le dire : le médicament peut servir au médecin pour gérer son incertitude et certains médecins n’ont guère de " vocation soignante " ; ce sont d’ailleurs les gros prescripteurs. Ceux qui prescrivent le moins sont sont ceux qui prennent du temps avec leur malade, travaillent en réseau, discutent avec leurs collègues et ont multiplié les expériences avant de s’installer. Bizarre ! vous avez dit "bizarre" ?
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