Pourquoi les sans domicile fixe refusent-ils d’être pris en charge ?
février 2009

Sur le site de l’Observatoire des inégalités, Julien Damon propose un article passionnant.
D’abord parce que sa démarche est humaniste, profondément respectueuse de la qualité de sujet humain des SDF, leur reconnaissant la capacité d’avoir de "bonnes raisons" pour ne pas être pris en charge. Les SDF ne sont ici pas que des "victimes", des personnes soumises à des déterminations plus fortes qu’elles (psychologiques, sociales). " Le postulat de rationalité est une optique humaniste qui ne fait pas des SDF des agents totalement dominés, aux capacités d’actions si restreintes qu’elles ne mériteraient pas d’être étudiées dans le détail. (...) Il reconnaît la plus éminente dignité aux personnes considérées comme « les plus en difficulté », rejoignant en cela le souhait de nombreux militants de la lutte contre la grande pauvreté."
Ensuite parce que cette démarche s’inscrit dans la philosophie classique des sciences sociales, celle de Max Weber et de Raymond Boudon, fortement décriée depuis de nombreuses années au nom de déterminismes plus ou moins avoués (psychologiques, sociaux, culturels, etc) : ici, les sujets sociaux sont des acteurs qui savent ce qu’ils font avec les données et connaissances qu’ils ont. " Plutôt que de plaquer des notions vagues et contestables comme la « mort sociale », la « maladie du lien », ou la « grande exclusion », pour expliquer ces rejets, il est bon de prendre en considération, avec sérieux, les contextes de ces refus, en écoutant les raisons signalées par les SDF pour les justifier."
Enfin parce que Julien Damon propose une alternative simple et pragmatique : soit un SDF est atteint d’une pathologie mentale qui altère son jugement, ce qui peut évidemment arriver, et alors il s’agit d’abord d’agir et de protéger et la contrainte peut être effectivement nécessaire, comme pour tout malade mental ; soit les centres d’accueil sont inadaptés, ce qui impose d’évaluer les " centaines de millions d’euros consacrés depuis des années à l’accueil d’urgence et à son amélioration. (...) On doit pouvoir faire mieux." Même si Julien Damon sait bien que les choses sont encore plus compliquées.