Prisons et psychiatrie
mars 2008
Le Monde du 7 décembre 2007 rend compte du rapport du Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements dégradants (CPT) du Conseil de l’Europe. Ce rapport n’est pas public (mais le Monde a pu se le procurer...).
Le bilan est accablant pour la France. " 64 000 personnes, soit 120 détenus pour 100 places en moyenne " sont enfermés dans les prisons françaises. " En France, en 2007, des détenus " particulièrement surveillés ", quand ils reçoivent des soins dans leurs chambres sécurisées, sont " systématiquement fixés à leurs lits sans interruption, le plus souvent avec des entraves aux chevilles et main menottée au cadre du lit. (...) Des détenus en attente d’une hospitalisation psychiatrique, en situation de " souffrance aiguë ", peuvent être " obligés de rester nus " dans leur cellule d’isolement, " soumis à un contrôle visuel régulier du personnel pénitentiaire. (...) Le CPT relève " l’état dramatique " de la psychiatrie carcérale. Il met en avant le sous-effectif du personnel soignant et souligne " le manque de coordination " entre médecine générale et psychiatrie au sein de la prison. "
Dans le Monde du 16 décembre 2007, Cécile Prieur fait une mise au point très utile des relations entre prisons et organisation de la santé mentale. " Sous l’effet d’une politique de désinstitutionnalisation, le nombre de lits à l’hôpital public a presque été divisé par deux en vingt ans, passant de 75 951 en 1989 à 40 179 en 2005, sans que cette baisse ait été véritablement compensée par la création de structures alternatives. Depuis 2004, on estime que 800 postes de psychiatres sont vacants dans le secteur public, sur un effectif de 4 500 praticiens hospitaliers, créant, par endroits, de véritables déserts médicaux. Résultat, l’hôpital se concentre dorénavant sur le traitement de la crise : à peine stabilisés, les malades sont renvoyés à leurs familles, pour pouvoir accueillir tous ceux qui se pressent à ses portes. Les autres, ceux que l’institution gardait autrefois en son sein, sont condamnés à l’errance. Et, souvent, voués à la délinquance.
C’est ainsi que, lentement, la prison s’est substituée à l’hôpital psychiatrique, notamment par le flux constant des jugements en comparution immédiate.
Le programme de création d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), petites unités pénitentiaires bâties au sein des hôpitaux psychiatriques, devrait, d’ici à 2012, permettre l’hospitalisation de plus 700 détenus atteints de troubles psychiques.
Un plan santé mentale 2005-2008 a certes permis la création de 1 433 postes d’infirmiers et de psychologues, et de 173 postes de médecins. Mais les crédits se sont surtout portés sur la rénovation des bâtiments hospitaliers, dont certains étaient devenus quasiment insalubres. " Et rien n’a été fait pour augmenter la capacité d’accueil des malades les plus violents.