Quelques recettes pour bien fausser les débats
mars 2009

Sur son blog
Bio-éthique
, dans un billet consacré aux débats qui existent encore malheureusement à propos de la vaccination contre la rougeole, la précieuse Samia Hurst dresse un petit inventaire des techniques permettant de faire croire à un débat, alors que la question devrait être considérée comme réglée. Elle les regroupe sous le vocable de "dénisme". Les voici, dans le texte :
" 1) La conspiration : on n’est pas d’accord avec vous ? C’est la preuve que vous avez raison. Des intérêts puissants sont en jeu alors forcément qu’on va dire ça. Comparez-vous aux génies du passé qu’on n’a pas crus tout de suite. Citez Galilée, Einstein. Oubliez pour l’occasion qu’il ont tous démontré leurs théories, plutôt que d’attendre qu’on les croie par proclamation...
2) La sélectivité : une étude soutient votre thèse alors que des centaines d’autres montrent qu’elle ne tient pas ? Citez cette étude-là, et ne lisez surtout pas les autres...
3) Les faux experts : trouvez quelqu’un avec des titres les plus impressionnants possibles, et ne mentionnez surtout pas que cette personne n’a aucune expérience dans le domaine sur lequel vous lui demandez de s’exprimer...
4) Les attentes impossibles : vous avez exigé une étude, on l’a faite, et elle a montré que vous aviez tort ? C’est donc qu’une seule étude ne suffit pas, ou qu’il aurait fallu la faire dans un autre pays, un autre siècle, ou avec 100 millions de cas, autrement ça ne vaut pas. Changez vos critères au fur et à mesure qu’on satisfait vos attentes successives...
5) Les erreurs de logique : par exemple, je me suis arrêtée à un feu rouge, je suis tombée malade la semaine d’après, ergo s’arrêter au feu rouge est dangereux et ne devrait pas être obligatoire..."
Indulgente, elle ajoute : " Ces arguments sont tous fallacieux, mais ils ont souvent une efficacité redoutable. S’il vous est arrivé de vous laisser prendre, ne soyez donc pas trop dur avec vous-même. Dites-vous simplement que vous voilà désormais averti." Je vous suggère de les mettre aussitôt en pratique sur quelques débats contemporains. Vous verrez : ça n’est pas rigolo du tout.
Bio-éthique : "dénisme"
Photo : Paris, 2008 © serge cannasse