Restes humains dans les collections occidentales : les conserver ou les rendre ?
mars 2008

Dans une
délibération en date du 19 octobre 2008
, la mairie de Rouen décide de restituer à la Nouvelle-Zélande une tête Maorie que détient son musée, par respect dû " aux croyances d’un peuple qui refuse que meurent sa culture et son identité." Cette décision est attaquée par le tribunal administratif, saisi par la ministre de la culture, Christine Albanel, au motif que cette décision doit avoir fait l’objet d’une demande préalable de déclassement. Intellectuels et spécialistes s’en mêlent.
Pour les uns, la restitution n’est qu’une tentative de réparation d’une histoire tragique, " un condensé de fantasmes " (Yves Le Fur, directeur adjoint responsable des collections permanentes au Musée du Quai-Branly - La Croix, 18 février 2008). Y céder reviendrait à renoncer à " un outil essentiel pour la connaissance universelle et la recherche ", soutient Alain Froment (médecin spécialiste de bio-anthropologie au Musée de l’Homme, Paris) dans le même journal, mais qui précise dans le Monde du 26 février 2008 qu’il " peut y avoir restitution de certaines pièces, mais à condition que la parenté avec les demandeurs soit bien établie." Dominique Schnapper, sociologue et membre du Conseil Constitutionnel, résume parfaitement cette position : " Le musée, héritier des Lumières européennes, vise une forme de transcendance, celle de la connaissance par-delà les vicissitudes du temps et des goûts." (Le Monde)
Mais d’excellents esprits n’en sont pas moins en désaccord : Pascal Picq (paléoanthropologue), Axel Kahn (généticien), Edgar Morin (philosophe), qui soutiennent le droit des peuples à donner la sépulture qu’ils estiment juste à leurs morts.
Il semble que l’on s’oriente vers une position raisonnable, défendue par le préhistorien sénégalais Abdoulaye Camara, directeur du Musée d’art africain de Dakar :" Nous ne réclamons que les objets dont nous avons besoin pour retrouver notre identité culturelle. "(Le Monde) Position proche de celle de Maurice Godelier (voir entretien dans Carnets de santé) : " Pour de nombreuses cultures, la mort n’est pas la fin de la vie. La personne humaine continue de vivre au-delà de cet événement par les ossements. C’est pourquoi (...) tous veulent que leurs ancêtres reçoivent les rituels qui leur sont dus." (Le Monde) " Ces restitutions doivent être encadrées. Il faut garder par des documents, des traces de ces pièces dans nos musées. Quant aux autres objets sacrés, ils témoignent de la diversité des croyances et doivent être conservés dans nos musées dont la vocation est universelle. Sinon, c’est la porte ouverte au communautarisme et à la ghettoïsation des cultures." (La Croix).