Santé au travail : DRH et salariés ne partagent pas les mêmes avis
novembre 2008
À la demande de Malakoff Médéric et de Psya, l’IFOP a mené une enquête auprès de 600 DRH (directeurs des ressources humaines) et plus de 1 000 salariés sur leur perception de la souffrance psychologique au travail. Tous estiment que le bien-être au travail est un levier pour améliorer les relations internes à l’entreprise ou augmenter la productivité, mais les premiers n’observent pas d’augmentation des troubles psycho-sociaux en entreprise, bien au contraire des seconds : 38 % des DRH ont constaté une hausse des problèmes liés aux troubles psychologiques contre 84 % des salariés des grandes entreprises. À noter que les études épidémiologiques donnent nettement raison aux salariés.
Autre différence : l’explication qui en est donnée. Les deux catégories s’accordent sur l’augmentation de la charge de travail, mais pour les DRH, il s’agit aussi essentiellement de l’inquiétude pour l’avenir professionnel et de la multiplication des problèmes personnels, alors que les salariés incriminent plutôt le besoin de reconnaissance (66 % contre 42 % des DRH) et la multiplication des contraintes professionnelles. Ce qui n’empêche pas 77 % des salariés d’être satisfaits de leur travail.
Les mesures de prévention mises en place par certains DRH ne sont guère remarquées des salariés. Dans leurs préconisations pour améliorer les choses, les deux catégories sont en miroir : l’image est inversée. En effet, les DRH seraient plutôt d’accord pour privilégier l’amélioration des pratiques managériales et placer en dernier la réorganisation des procédures de travail, alors que les salariés privilégient celle-ci et placent les pratiques managériales en dernier...
Signe des temps : le Quotidien du médecin s’intéresse à la question, en donnant raison aux managers, par le compte-rendu d’une étude prospective conduite pendant 12 ans, ayant inclus plus de 3 100 salariés hommes, qui montre que le risque de cardiopathie ischémique (angine de poitrine et infarctus du myocarde) est inversement proportionnel au "bon" comportement managérial, d’autant plus que les salariés sont anciens dans l’entreprise. " Les items les plus fortement prédictifs de cardiopathie ischémique sont ceux concernant quatre qualités managériales : délivrer une information suffisante, laisser une prise active sur la tâche, expliquer les buts à atteindre et être capable de réaliser des changements."
On remarquera qu’il s’agit là de variables portant sur des comportements individuels. Sans nier l’importance de ceux-ci, il aurait été intéressant de pouvoir comparer avec ce que mettent en avant les sociologues du travail, qui, comme les salariés, insistent plutôt sur l’organisation du travail et les collectifs de travail permettant les échanges entre salariés. Médecins, habitués au "colloque singulier" et donc plus sensibles aux variables individuelles, et sociologues, qui travaillent sur des groupes, même à partir d’entretiens individuels, auraient sans doute intérêt à collaborer sur cette question, comme sur beaucoup d’autres.