Sida en Afrique : un changement de la stratégie de santé publique
mars 2008
Le 28 janvier 2008, à l’initiative du réseau RESAPSI (Le réseau africain de praticiens assurant la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA) et de l’Institut de Médecine et d’Epidémiologie Appliquée – Fondation Léon M’Ba (IMEA), avec le soutien des laboratoires Boehringer-Ingelheim, un colloque a rassemblé plusieurs praticiens européens et africains pour débattre « du bon usage des antirétroviraux dans les pays du sud ». Cette interrogation fait suite aux récentes recommandations de l’OMS (2006) sur les stratégies de lutte contre le sida dans les pays pauvres.
Celles-ci préconisent d’abandonner les démarches promues jusqu’alors, dites « opt in », fondées sur le « counselling » (information ciblée sur les patients, qui prennent ensuite la décision de se traiter ou non), et qui ont donné des résultats très décevants : seuls un peu moins du quart des patients africains devant recevoir des antirétroviraux les recevaient en avril 2007 (23 %), en moyenne, seuls 10 à 12 % des séropositifs savent qu’ils le sont (4 % en Afrique centrale), seules 3 % des femmes enceintes sont dépistées en Afrique centrale et de l’ouest.
L’OMS préconise donc des stratégies « opt out » : le test de dépistage est proposé systématiquement ; en cas d’acquiescement et de résultat positif, le patient est orienté vers une structure de prise en charge. Les populations plus particulièrement ciblées sont les personnes ayant des signes cliniques, les enfants nés de mère séropositive et ceux présentant un retard de croissance.
Cette stratégie, globalement acceptée par les professionnels, donne cependant lieu à débat : la crainte est de sacrifier le conseil, de lever l’anonymat dans des pays où la stigmatisation sociale est forte, de fonder une stratégie sur des tests qui sont payants dans de nombreux pays.
Bien entendu, l’état des systèmes de santé est la donnée sous-jacente à toutes ces discussions : peu de structures type CHU, dispersion des structures de soins, manquant de plateaux techniques (la détermination de la charge virale, fondamentale dans les pays riches, est un luxe en Afrique, le dosage des CD4 étant la plupart du temps le seul moyen de suivi de l’infection, quand il est disponible), manque de médecins, manque de formation des infirmiers.
Parmi les nombreux problèmes soulevés, on note le peu de prise en compte de l’avis des experts locaux par les organisations internationales d’aide et le maintien de barrières douanières par les pays bénéficiaires sur les médicaments et les produits de laboratoire, alors que les industriels de la pharmacie ont fait des efforts importants pour baisser leurs prix sur de nombreux médicaments.