Travail : trois injonctions paradoxales
mai 2008
Docteur en sociologie, Éric Roussel est l’auteur de " Vies de cadres, vers un nouveau rapport au travail (Presses universitaires de Rennes, 2007). Interrogé par Entreprise et Carrières (15 avril 2008), il décrit trois injonctions paradoxales auxquelles sont soumis les cadres. Sa description peut sans doute s’appliquer à d’autres catégories professionnelles (du fait d’un " mouvement de « cadrisation » des non-cadres et de relative prolétarisation des cadres ") et rendre compte en bonne partie du stress au travail.
1) Le pouvoir et la hiérarchie ne sont plus désignés, mais remplacés par le coaching, le management, l’adhésion, le charisme, qui indiquent l’égalité des conditions ; cependant, il faut remplir des objectifs fixés par la direction et obéir ou se faire obéir.
2) Chacun doit " se donner entièrement " alors que chacun se sait " interchangeable ".
3) La consigne est le travail dans la coopération alors que la réalité est la mise constante en concurrence.
Morale : " L’attachement a cédé le pas à l’opportunisme. (...) Le cadre devient bricoleur de son identité, mais il ne maîtrise pas toutes les règles de ce bricolage et n’en détient pas nécessairement non plus le mode d’emploi."
Une injonction paradoxale est un ordre qui contient une contradiction, en général parce que sa formulation explicite rencontre un terme ou des conditions de réalisation implicites et qui lui sont opposées. C’est Gregory Bateson qui les a d’abord mis en évidence dans le fonctionnement social, avec le concept de double contrainte, brillamment repris en psychiatrie par Paul Watzlawick (qui donne une foule d’exemples tirés de la vie quotidienne, par exemple un panneau routier indiquant : " Ne tenez pas compte de ce panneau ").
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