Un bilan calamiteux de la recherche biomédicale française
septembre 2007
Bilan calamiteux de la recherche biomédicale française dans les Echos du 24 juillet 2007, par Philippe Even (président de l’Institut Necker) et Alain Perez (journaliste) - voir le compte rendu de leur article sur la méthode d’évaluation mise au point par l’Institut Necker dans le précédent billet.
" Le budget civil de recherche et développement de la France (BCRD) est d’environ 15 milliards d’euros ", dont 21 %, soit 2,9 milliards d’euros, est consacré aux sciences du vivant. Parmi celles-ci, la recherche biomédicale reçoit environ 1,45 milliards d’euros, répartis entre CNRS, ANR, universités et divers. Les sciences humaines et sociales reçoivent environ 7 % du BCRD.
Cela représente environ 30 000 chercheurs et 1 000 laboratoires, implantés dans une cinquantaine de villes. C’est précisément la première faiblesse de la recherche française : cette dispersion empêche la plupart des centres d’atteindre la masse critique efficace. " Alors que la biologie américaine se concentre dans 15 villes des côtes est et ouest et laisse vide les quatre cinquièmes du territoire hormis Chicago et le Texas, l’Etat et les régions ont implanté (...) une multitude de petites structures isolées, vouées dès le départ à l’échec." Les chercheurs, isolés, travaillent dans des centres mal équipés. Leur " créativité " et leur "production " " varient dans un rapport 1 à 200. "
Six centres seulement sont de niveau international (en utilisant la méthode d’évaluation de Necker). Beaucoup de centres sont "en stagnation ou en déclin", vivant sur une réputation ancienne, mais non actualisée, dont certains ont encore une aura prestigieuse (Collège de France, " à une ou deux équipes près ", par exemple). " Plus inquiétant encore est l’échec marqué des départements de biologie de toutes les facultés des sciences, souvent liées au CNRS, alors que ces universités sont au plus haut niveau dans d’autres disciplines (mathématiques, physique ou géosciences)." Certains centres sont même " à la dérive ".
Les auteurs ne sont pas tendres avec les hospitalo-universitaires : " Une grande part de la recherche clinique n’est plus que de la participation minoritaire à de vastes essais thérapeutiques multicentriques, (...) dont une large part, financée par l’industrie pharmaceutique, est de faible crédibilité et seulement au service de sa conquête des grands marchés."
Ils proposent plusieurs pistes pour la "relance" :
- Imposer un système d’évaluation indépendant et rigoureux.
Accroître sensiblement les moyens dévolus à la formation et la recherche.
Revoir les structures avant d’augmenter les moyens.
Doubler le salaire des chercheurs les plus méritants.
Privilégier les grands instituts multidisciplinaires abritant de nombreuses petites équipes, réunies autour d’un projet précis de trois à quatre ans, largement dotées
Titulariser les chercheurs entre 35 et 40 ans, en leur donnant une grande liberté pour valoriser leurs découvertes, qui devraient leur appartenir autant qu’à leurs employeurs.