Un bilan de santé des années Blair
mai 2007
Dans son édition du 10 mai 2007, le BMJ (British Medical Journal) propose un bilan des réformes de Tony Blair dans le domaine de la santé, par Polly Toynbee. Si ce commentateur a raison, mais je ne vois pas pourquoi il aurait tort, les comparaisons entre les politiques conduites dans les systèmes britanniques et français sont frappantes et d’autant plus intéressantes qu’ils sont très différents et réputés antagonistes.
Que dit Toynbee ? Que dans les années Blair, le système n’a jamais bénéficié d’autant d’apports financiers, que les délais d’attente se sont considérablement raccourcis, que la qualité des soins a augmenté, que l’expérience personnelle que les gens ont du système est bonne, mais que pourtant, l’opinion publique a une image désastreuse de son système de soins, comme si elle avait la mémoire courte en oubliant la catastrophe des années Thatcher.
Pourquoi ? Toynbee y voit plusieurs raisons, dont les principales sont : les louvoiements continuels des politiques de santé, amenant des réorganisations permanentes et génératrices d’instabilité, le privilège accordé aux hôpitaux au détriment des soins de ville, l’accent rhétorique mis sur la prévention et le médecin généraliste, sans effet pratique notable, les revalorisations tarifaires accordées aux médecins, apparaissant souvent exagérées (ce qui ne signifie pas qu’elles le soient), les errements de l’informatisation, au mépris des avertissements des experts.
Si ça ne vous dit rien pour la France, c’est que vous n’avez pas bien suivi l’histoire. Autre précision intéressante, mais qui rejoint un débat français actuel sur la privatisation des soins : celle-ci a été conduite par les “fournisseurs”, et non par les bénéficiaires. Un des résultats est que la compétition a introduit de sérieux déséquilibres entre hôpitaux. Ce qui rejoint la crainte des économistes opposés à cette privatisation : l’accentuation de l’inégalité des soins.
En tout cas, il semble bien que l’Etat français ne soit pas pas le seul à être jacobin : décidemment, les administrations ont du mal à déléguer et à faire confiance aux acteurs.