Un blog de santé publique : celui d’Antoine Flahault
janvier 2008
Antoine Flahault est chargé de l’administration provisoire de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique. Éminent spécialiste de santé publique, il a développé avec l’OMS le système mondial de surveillance de la grippe (appelé FluNet) et a été chargé de constituer en 2006 une cellule interdisciplinaire de coordination des recherches sur le chikungunya. Il vient d’ouvrir un
blog
sur lequel il vaut la peine d’aller faire un tour.
Son dernier article, sur la santé des pays du sud, est un résumé remarquable des problèmes. Extraits :
" Combien de temps accepterons-nous que 90% des patients infectés par le VIH (en Afrique) ne reçoivent que 1% des anti-rétroviraux commercialisés ? En 2010, l’Inde aura le plus grand nombre de diabétiques au monde, alors que près de 70% des soins de santé restent aujourd’hui à la charge directe des familles. En Zambie, où 60% de la population vit avec un revenu mensuel inférieur à 18 dollars, le coût d’un épisode de pneumonie est évalué entre 8 et 10 dollars. L’OMS estime ainsi que les maladies sévères poussent 100 millions de personnes vers la pauvreté chaque année dans le monde. Au même moment, les Européens soutiennent leur agriculture en versant 2 dollars par jour à chacune de leurs vaches, alors que près de la moitié de l’humanité (2,8 milliards de personnes) n’ont pas cette somme seulement pour vivre. "
" Une étude menée par l’UNICEF auprès de 23 pays a permis d’estimer que 15% de la population de ces pays consacraient plus d’une heure par jour pour aller chercher de l’eau pour leur usage domestique, et que 2,6 milliards de personnes n’étaient toujours pas équipées de sanitaires de base. Comment éviter que l’eau souvent stockée près des habitations, ou les latrines à ciel ouvert ne menacent de constituer des gîtes larvaires pour les arthropodes, vecteurs d’émergences épidémiques ? "
" On estime que parmi les 1,2 milliard de personnes les plus pauvres de la planète, 70% sont des femmes. L’OMS estime qu’il meurt du paludisme environ 10 000 femmes enceintes chaque année en Afrique, alors que l’utilisation de moustiquaires imprégnées a fait la preuve de son efficacité en termes de réduction du nombre d’infections, d’avortements spontanés et de naissances d’enfants de petit poids."
" On estime que les pays riches économisent 184 000 dollars en coûts de formation par recrutement de médecin étranger, or les pays du Sud investissent 25% de l’aide au développement qu’ils reçoivent dans la formation des professionnels de santé."