Vices et vertus du système de santé américain
mai 2007
Dans le Monde du 20 mai 2007, un entretien avec Victor G. Rodwin, qui vient de publier aux Etats-Unis " Universal Health Insurance. How Sustainable ? Essays on the French Health Care System." Extraits :
" (Le système américain) est un système extraordinairement pluraliste et décentralisé. L’Etat fédéral, en partenariat avec les Etats, couvre les gros risques : les personnes âgées, les handicapés lourds, les pauvres. Certains conservateurs diraient que nous avons en fait un système de couverture universelle dans la mesure où tout le monde est couvert à condition de devenir pauvre...
Il n’y a pas un système obligatoire qui couvre toute la population. (...) Mais c’est la logique d’un système organisé autour d’une industrie d’assurances privées, financées sur la base de primes actuarielles.
S’il s’agit d’une personne âgée de plus de 65 ans, elle bénéficie du système Medicare. Ce système ressemble à l’assurance-maladie en France, sauf qu’il y a des forfaits avant d’être remboursé et que le ticket modérateur est plus élevé qu’en France. S’il s’agit d’un malade qui vit sous le seuil de pauvreté, il a droit au système Medicaid. Celui-ci varie d’un Etat à l’autre et bénéficie à environ 40 millions d’Américains. Il couvre à peu près tout, mais paie très mal les médecins. (...) Puisque ce malade sait qu’il aura beaucoup de mal à se faire soigner en cabinet libéral, il se rend aux urgences ou aux consultations externes d’un hôpital à but non lucratif privé ou d’un hôpital public. Et là, il attend plusieurs heures pour être soigné.
58 % des Américains disposent d’une assurance privée, qui leur est offerte par leur employeur. (...) Les prestations varient d’une assurance à l’autre. Les gros employeurs proposent en général de meilleurs systèmes de couverture. (...)
Les Health Maintenance Organisations (« organisations d’entretien de la santé ») sont des centres de santé où les malades vont directement consulter. Ils ne versent qu’un ticket modérateur. Mais ils sont contraints de ne voir que les médecins du HMO, sauf s’ils acceptent de payer plus. 70 % des HMO, appelées aujourd’hui « managed care organizations », sont privées à but lucratif.
Chez nous, (...) presque 20 % de la population n’est pas couverte. (...) La plupart sont des employés qui ont des petits salaires, des « working poor ». Ils travaillent dans de petites entreprises qui ne peuvent pas payer les primes d’assurance-maladie pour eux. La durée moyenne pendant laquelle une personne reste sans assurance est de deux ans. Ensuite, soit elle trouve un emploi pourvu d’une assurance, soit elle devient si pauvre qu’elle peut être couverte par Medicaid.
(...) Nous affectons près de 16 % de notre PIB aux dépenses de santé, alors que les Français dépensent autour de 10 %. Mais les prix de tous les biens et services dans le secteur de la santé sont beaucoup plus élevés chez nous, y compris les salaires du personnel médical et infirmier. L’intensité des soins est aussi plus élevée. Nous avons plus d’infirmières par lit que vous ; plus de technologies lourdes et coûteuses, par exemple les IRM. En outre, nous dépensons beaucoup plus en frais administratifs puisque nous avons des centaines d’assurances différentes (...).
Notre système génère donc pas mal de gaspillage, mais nous sommes cependant un laboratoire pour le reste du monde. De nombreux systèmes américains de gestion des services de santé ont été repris ailleurs.
(Les médecins) gagnent beaucoup plus, mais ils ont aussi beaucoup plus de frais. (...) La médecine à l’acte est devenue encore plus anachronique qu’en France."