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Problèmes de santé
 
 
À propos du livre de Jacqueline Berger : " Sortir de l’autisme "
février 2008, par Aline Mauranges 

Mère d’enfants diagnostiqués « autistes », Jacqueline Berger a écrit un livre qui connaît une notoriété certaine dans les milieux « psy ». Elle y fait l’hypothèse d’une dépression fondatrice du trouble, par incapacité existentielle des enfants atteints à s’adapter au monde. Le livre se transforme en pamphlet puisqu’il leur donne en quelque sorte raison : c’est notre monde qui serait devenu inhospitalier et pourrait nous condamner à devenir tous autistes.

A la fois mère de jumelles reconnues autistes et journaliste à « Libération », Jacqueline Berger informe, dénonce, s’engage dans un essai qui aurait pu être titré comme la 2ème partie de son livre « L’autisme, un écho de notre société ». Le calvaire du parent en souffrance est en effet un point de départ pour surfer sur les multiples traits socio-politiques de notre vie moderne. Tout y passe et Jacqueline Berger s’enflamme avec passion dans une dénonciation sans compromis ni concession.Sa souffrance de parent abandonné par une société marchande se transforme en un cri de guerre. Son humanisme ne peut se satisfaire d’une organisation sociale dominée par la valeur comptable qui catégorise le monde entre les rentables … et les autres, ceux qui sont jugés « loosers », handicapés, les incompris de par leur différence.

Vivre avec ses enfants ayant souffert d’un syndrome autistique a confirmé cette mère dans son engagement idéologique. Ce livre est autant un témoignage qu’une diatribe à l’égard de notre évolution sociale désastreuse qui se traduit par la course à l’argent et la promotion illusoire de l’excellence au détriment du bien-être. Comment l’adulte peut-il s’épanouir quand la réussite se conjugue avec pression et fausse communication ? Quelle place offre t-il à son enfant, objet de toutes les attentions, mais pris en otage dans cette spirale du meilleur auquel il doit faire face ? Et comment croire en notre avenir quand les valeurs mutantes évoluent dans un espace-temps confusionnel et sur la base d’un agir toujours plus rapide et éphémère ? Dans cet ouvrage que nous conseillons de lire, bien écrit malgré quelques digressions et répétitions sans doute liées à la force de conviction de l’auteur, dominent deux parties émergentes, qui donnent à penser.

Au fond de l’autisme : la dépression

La première, portant sur l’autisme, est une approche toute personnelle, facilement déstabilisante, empreinte des fondements psychanalytiques et psychogénéalogiques. Lié à une blessure existentielle, ce trouble atteindrait les « sujets mal assurés de leur existence, toujours menacés d’une dépossession du sentiment d’existence ». Sa dynamique imprimerait l’enfant dans la vie, lui ouvrant les portes de l’amélioration et de la guérison dès lors qu’une structure adaptée s’en empare. Mais voilà ! non seulement on ne trouve pas de lieu thérapeutique approprié, mais de plus, tout semble fait pour nier l’existence du problème, relégué dans les bas fonds budgétaires. Sur la base de l’hypothèse existentielle, l’auteur introduit donc la dépression comme facteur originel du retrait autistique. Tout se passerait comme si l’enfant développait un comportement d’auto protection à l’égard du monde, vécu comme menaçant, et pour y faire face, mettrait en place des mécanismes de défense se refermant sur lui comme un piège. Il chercherait ainsi à fuir le temps et l’espace, seule issue pour échapper à la mort. C’est pourquoi cliniquement, on observe sa fascination pour des jeux récurrents avec l’eau et le sable qui coulent sans fin. De même, le mélange d’attrait et d’épouvante pour le vide serait la répétition infinie d’une quête de maitrise et d’action sur l’environnement.

Quelle est la cause de cette dépression ? L’auteur n’y accorde que peu d’importance si ce n’est qu’elle y voit le signe de l’influence généalogique, avec son héritage de lourds secrets à porter et son cortège de malheurs transmissibles. Lesté de ce bagage encombrant, l’enfant fuirait également la lourdeur d’un système environnemental qu’il ressentirait implicitement à travers les attitudes parentales. L’auteur conforte son hypothèse en précisant que l’autisme est en pleine recrudescence tant l’humanité se perd dans un dédale d’objectifs inatteignables et destructeurs. Son expression vers l’âge de 3 ans traduirait le temps d’imprégnation nécessaire de l’enfant.

L’enfant autiste, image du monde

Le deuxième volet de l’essai porte sur la critique amère d’une société qui régresse et impose en force « sa longue dégringolade au quotidien » fragilisante et dépressive. A l’image de l’enfant présentant des symptômes autistiques, notre monde devient lui aussi autiste. Pour preuve, une communication qui repose sur des artifices manipulateurs faisant l’apologie d’une politique abusive et immorale. Le ton est donné : Jacqueline Berger pointe notre américanisme et toutes ses dérives qui touchent de plein fouet la vieille Europe.

Malaise de notre civilisation, illustré par deux thèmes de prédilection : l’école élitiste et sélective, la santé. Machine à broyer, l’école est le reflet de la crise éducative généralisée. A travers elle, l’auteur s’interroge sur la rupture du lien communautaire.

La santé renvoie à la problématique parentale. En amont, elle médicalise à outrance, impose la réponse génétique, balaye l’interrogation. L’auteur attaque franchement l’art de gouverner. Les écarts entre les discours prometteurs et les résultats lui font écrire que nous sommes dans une illusion démocratique alliée à une toute puissance médiatique– sujet sur lequel nous lui accordons notre confiance d’emblée –auxquels se rajoute une compilation d’éléments tous plus déprimants les uns que les autres : absence de contre pouvoir, affaiblissement de la déontologie, « moyens de communication à flux rapide créant l’illusion d’une maîtrise du monde », perte de hiérarchisation des faits, ère du jetable, inévitable constat de la perte des repères.

Si certains pamphlets sont connus, d’autres ont le mérite d’être posés et sont plutôt bien documentés. Ce livre cache mal une extrême sensibilité qui rassure, emprunte d’émotions et de douleurs que nous partageons volontiers. Le mot d’ordre est lancé ; à quand la prise de conscience avant que nous devenions tous autistes ?

Jacqueline Berger. Sortir de l’autisme. Ed. Buchet Chastel, 2007. 18 euros




     
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1 Message

  • Maman de 2 enfants présentant des TED, je respire mieux depuis la découverte de J. Berger (via l’orthophoniste d’un de mes enfants,merci à elle). Pouvoir partager son intime conviction est en effet d’un grand réconfort dans cette situation ô combien "isolante" (pour les parents) . Cela va me pemettre d’avancer dans ma démarche éducative.
 
     
   
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