Associations de patients, industrie pharmaceutique : des liaisons dangereuses ?
mai 2007, par serge cannasse 
Le financement des associations de patients par l’industrie pharmaceutique est il légitime ? Ne comporte t’il pas des menaces sur leur indépendance ? Le BMJ (British Medical Journal) met en ligne deux articles aux réponses opposées.
Pour Alistair Kent, directeur du Genetic Interest Group, il n’y a aucune opposition de principe à ce que les associations soient financées par l’industrie pharmaceutique, moyennant quelques précautions : annoncer la couleur, c’est-à-dire ne pas cacher l’identité du sponsor, ni la nature des liens qui unissent les deux partenaires ; mettre en place des procédures internes d’identification d’une éventuelle influence (par exemple, toujours se demander d’où vient une idée d’action) ; diversifier les donateurs : il est très imprudent de ne dépendre que d’un seul. Il fait également remarquer que le financement par des fonds publics n’est guère plus rassurant : leurs administrateurs sont aussi sensibles aux modes que les administrateurs privés et ne sont de toute façon pas exempts de préjugés ; le problème devient crucial si un des buts de l’association est d’influencer les politiques publiques. En résumé, pour Alistair Kent, " satisfaire une idéologie d’indépendance est certainement très agréable, mais dans le monde réel, il faut bien que le boulot se fasse."
" Justement !", répond Barbara Mintzes, chercheuse canadienne à l’association Health Action International, qui ne reçoit aucune subvention privée, " regardons ce qui se passe dans la vraie vie." Et d’énumérer de manière très précise, en donnant les noms des uns et des autres, des cas manifestes de manque éthique, notamment des exemples où une association recommande l’usage d’un médicament sans mentionner le fait qu’elle est subventionnée par son fabricant et surtout sans donner ses effets secondaires. Et de faire remarquer que bien souvent, cette influence ne dépend même pas du montant reçu : celui-ci peut être modeste, le glissement éthique existe pourtant.
Après avoir noté avec satisfaction que l’Association de l’industrie pharmaceutique britannique a demandé aux associations de révéler leurs sources de financement, elle en appelle aux pouvoirs publics pour fixer des règles de bonne conduite. Rejoignant ainsi Alistair Kent, au moins sur la position de principe qui veut des règles claires.
BMJ
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