Cadre paramédical de pôle ou le miroir aux alouettes
mars 2010, par Chauvancy Marie-Claire 
Quel programme alléchant ! une chance « insolente » de pouvoir enfin cogérer plusieurs unités, de soins ou medico-techniques, en collaboration avec un acteur médical et une « administratif ». Gestion conjointe avec pour moyens la « fameuse » délégation de gestion. Dans la vraie vie, ça n’est pas toujours la même chanson !
Déléguer, c’est quoi ?
C’est avant tout attribuer une enveloppe budgétaire à chaque pôle d’activité, par le moyen de la signature d’un contrat de pôle. Ainsi en fonction des objectifs à atteindre, des moyens financiers sont alloués, une règle posée, acceptée et sous-tendant une obligation de résultats. Moyens donnés en fonction des objectifs à atteindre. Logique comptable et pragmatisme.
Cette main, du pôle, posée sur le porte monnaie, autorise en responsabilité de gestion une implication de l’encadrement du pôle. S’il s’y ajoute une fongibilité des différents enveloppes allouées à chaque secteur d’activité ( RH , dépenses d’exploitations..), vous obtenez un trio de pôle capable de gérer avec efficience ses ressources, les directions techniques ou de soins se positionnant en support.
Telle est l’idée.

Et dans la vraie vie ?
N’étant pas celle du pays des fées et des lutins, il en va autrement. Même si certaines directions pratiquent une véritable délégation de gestion, force est de constater que malheureusement, elles ne sont pas majoritaires.
En instituant les pôles d’activité » et en introduisant les contrats de pôles, le législateur avait en tête de donner aux pôles une véritable autonomie dans la gestion de leurs unités, avec comme idée maîtresse de donner aux acteurs de santé les moyens de répondre au plus vite à la demande de soins. Réactivité, connaissance des besoins réels, adaptabilité : tous facteurs de qualité et d’efficience, avec comme image la direction de la petite entreprise de soins, le pôle, pilotée par un praticien responsable de pôle aidé par le maillage administratif et paramédical.
Alors le cadre de pôle, content ?
Pas vraiment : bien dépité et toujours aussi dépendant.
Pas de délégation de gestion, mais plutôt de la part des directions, sur certains hôpitaux, une décharge des tâches ennuyeuses et / ou non valorisantes.
Des directions de soins frileuses et peu enclines à déléguer la gestion des Ressources Humaines, percevant le cadre pôle comme potentiel adversaire, car il pose la question de la légitimité de leur fonction.
Pour faire succinct, le cadre de pôle n’a toujours pas de pouvoir décisionnel dans son organisation interne, peu ou pas de moyens, mais reste toujours aux ordres de !
Nous sommes devant une situation ubuesque : d’un côté, un processus de fonctionnement par objectifs et contrats dont le fondement est une reconnaissance des compétences et de l’autre, le statut bloquant et castrateur de la fonction publique hospitalière. En résumé : pas de pouvoir, pas de moyens et toujours aux ordres.
Les cadres administratifs sont de plus en plus réintégrés dans les secteurs d’administration et il n’est pas rare de voir aujourd’hui des pôles fonctionnant sans eux. Nous ne sommes alors plus au trio, mais au duo.
Pourtant
Les établissements ayant intégré une véritable délégation de gestion n’ont en rien opposé cadre de Pôle et Direction des soins.
L’un est acteur, l’autre est support, l’un a une connaissance réelle des besoins, l’autre remplit une fonction de conseil. Complémentarité, partage et décloisonnement dans l’intérêt de tous, équipes, patients et finance.
Il est dommage que certaines directions d’établissement n’aient pas intégré cette approche, laissant percevoir le pôle, et sa direction, comme une strate inutile dans l’organigramme des directions.
Photo : Paris, 2010 © serge cannasse