Cazellet Lisette
janvier 2009, par serge cannasse 
Lisette Cazellet est consultant formateur indépendante. Elle est à l’origine de l’association et organisme de formation FORMATICSanté. Pour elle, l’utilisation des TIC (technologies de l’information et de la communication) par les professionnels de santé va se développer, sous la pression des patients, qui leur imposeront le partage des informations et la facilité d’accès à leurs données. Les solutions techniques seront essentiellement mobiles (par exemple, les PDA).
Les professionnels de santé semblent réticents à utiliser les TIC (technologies de l’information et de la communication) dans leur pratique professionnelle. Comment l’expliquez vous ?
Pour utiliser les TIC, il faut en avoir saisi tout l’intérêt : par exemple, les infirmières libérales pour la gestion de leur cabinet et la télétransmission des données relatives au tiers payant. En revanche, l’informatisation des dossiers patients est moins développée.
Pourquoi ? Il est essentiel de se poser la question : qu’est-ce qu’un système d’information peut apporter comme plus value aux soins et à la pratique professionnelle (et non tel ou tel outil ordinateur ou logiciel) ? un gain de temps ? de l’économie de papier ? la synthèse des informations sur tel patient ? une rapidité d’accès aux données ? un partage des données ?
De plus, développer les TIC en santé demande une double compétence, en informatique et en soins ! Or les fournisseurs de solutions n’ont pas forcément les compétences en soins et santé et beaucoup de professionnels de santé manquent de culture informatique.
Les logiciels médicaux qui marchent bien ont été conçus dans un partenariat informaticiens-médecins-soignants ou par des médecins qui avaient acquis une expertise en informatique. Dans certains hôpitaux, les directions informatiques ne travaillent pas assez avec les médecins, les personnels soignants et directeurs de ressources humaines. Les solutions qui commencent à bien fonctionner sont celles qui ont su intégrer des éléments déjà existants de dossiers papier et qui permettent de résoudre les problèmes de transmissions des données, d’améliorer l’organisation des soins et respectent les principes d’ergonomie.
Quelle est la plus-value d’un système informatique ?
La possibilité de partager et échanger des informations. Un professionnel qui travaille seul voit mal l’intérêt de s’informatiser et sera réticent à investir juste pour transmettre des informations à l’Assurance maladie.
Cela suppose que les professionnels soient prêts à échanger leurs données.
Oui. Ils commencent à en saisir l’intérêt sous l’influence de plusieurs facteurs :
le développement des réseaux de santé, des maisons de santé,..., qui contribuent à décloisonner les pratiques ;
le projet du DMP qui, même s’il n’a pas encore abouti, a fait émerger les questions liées au partage des informations ;
les problèmes de démographie : les réseaux et systèmes d’information se développent dans les départements à faible démographie ; les professionnels ont besoin de coopérer entre eux, ne serait-ce que pour pouvoir partir en vacances ! mais aussi besoin de l’appui d’experts distants, d’où l’intérêt du développement actuel de la télémédecine ;
enfin la pression des patients qui sont demandeurs d’informations et qui ont des attentes vis à vis des professionnels pour qu’ils communiquent mieux entre eux afin de se transmettre les informations les concernant.
Leurs associations sont actives sur le sujet ?
Oui. Par exemple, l’association Le CISS (Comité interassociatif sur la santé) est impliquée dans les projets de DMP en région, par exemple en Rhône-Alpes. Des associations de patients travaillent avec des professionnels sur des supports d’éducation thérapeutique accessibles sur Internet, comme le projet de l’association Thrombose Opale en Picardie présenté lors du Colloque TIC Santé 2008.
Je suis également frappée du développement de l’accompagnement des patients par d’autres patients, à travers les sites Internet de leurs associations, notamment sur les forums de discussion. Je pense que les professionnels de santé devraient plus travailler étroitement avec elles.
Vous pensez donc que cette culture du partage est en train de se développer ?
Actuellement il y a une prise de conscience que la prise en charge des patients doit être plus collective, incluant d’ailleurs les familles comme acteurs à part entière. Chacun réalise l’intérêt et la nécessité de travailler avec les autres, qu’il soit public ou privé, qu’il soit médecin, infirmière, kinésithérapeute ou autre. Cela permet de limiter les coûts certes, mais surtout les TIC facilitent, accélèrent les échanges d’informations et transforment les organisations. Cela ne va pas sans poser des problèmes de gouvernance : comment travailler en réseau dans des organisations encore très hiérarchisées ?
Par exemple, lors d’une mission d’évaluation d’un réseau de santé, j’ai pu constater le rôle important des infirmières auprès des patients, pour les soins quotidiens et le travail relationnel. Mais les spécialistes hospitaliers transmettaient trop peu d’informations, notamment aux médecins traitants qui se sentaient souvent exclus des décisions. Le concept de continuïté et de parcours des soins n’était pas intégré par tous !
Vous êtes très favorable aux solutions mobiles, type PDA ou clef USB. Pour quelle raison ?
Je ne pense pas qu’il soit facile pour un médecin ou une infirmière de se déplacer avec un ordinateur portable. Par exemple, si l’infirmière dispose d’un PDA, elle peut facilement transmettre des informations au médecin. Le système est expérimenté dans la région de Toulouse ou d’autres services de soins à domicile : les données infirmières saisies dans le dossier patient sont immédiatement transmises au médecin qui peut éventuellement ajuster le traitement.
Des systèmes d’autosurveillance des patients se développent aussi avec des procédés d’alerte pour le patient et de transmissions de données au médecin ou au service hospitalier. Par exemple, pour la surveillance des patients dialysés ou diabétiques. Des infirmières libérales sont actives dans ce domaine, en particulier au sein des réseaux de santé, dans lesquels elles ont souvent un rôle important, notamment dans l’éducation thérapeutique.
Dans un groupe d’experts, j’avais proposé l’idée du stockage des données de santé du patient dans une clef USB, de façon à ce qu’il puisse l’avoir constamment avec lui, même en voyage. Elle aurait bien entendu un accès par mot de passe, comme une carte bancaire. Son contenu pourrait aussi être sauvegardé sur un serveur. Aujourd’hui la clé Biostick et Google Health proposent ces services.
Il y a quand même un problème de sécurité des données avec Google.
Oui, mais les données sont avant tout celles du patient et il en est responsable. Les professionnels font des prescriptions, dispensent des soins, ... mais les données appartiennent au patient. Les professionnels peuvent s’accorder entre eux sur ce qui leur est utile d’introduire dans son dossier, pour eux-mêmes ou pour une prise en charge avec d’autres professionnels. Mais s’il souhaite masquer des données pour consulter un autre médecin, c’est à lui d’en prendre la responsabilité.
La question de la confidentialité et de la sécurité des données reste essentielle et les patients doivent pouvoir choisir et disposer des solutions sécurisées qui leur garantissent que leurs données de santé ne seront pas utilisées à d’autres fins.

L’association FORMATICSanté (Loi 1901) a pour objectif de promouvoir et développer l’usage des TIC pour l’information et la formation des professionnels de santé, à travers un
site portail d'information
, la diffusion d’une newsletter mensuelle gratuite et l’organisation d’un concours et d’un colloque annuels.
Le Colloque TIC Santé 2009 est organisé les 5 et 6 février 2009 à Nimes et Issy les Moulineaux reliés en visioconférence, sur le thème : « TIC, qualité de vie et qualité des soins : quelles compétences, quels défis pour les professionnels de santé ». Il est placé sous le patronage de Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative.
Entretien publié dans le numéro 814 de la Revue du praticien - médecine générale du 29 janvier 2009
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