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Compétences et cadres de santé : un conte de fées moderne
octobre 2009, par Marie-Claire Chauvancy et Dominique Glutron 

Marie-Claire Chauvancy et Dominique Glutron poursuivent leur réflexion sur l’évolution du métier de cadre de santé en s’interrogeant sur la notion de compétence. Comment la repérer et la valoriser ? Si les propositions du rapport de Singly paraissent de bon sens, est-il possible de les appliquer dans un système hospitalier rigide ?

Il était une fois la compétence et le cadre de santé

Depuis l’ordonnance de mai 2005 qui instaure la « nouvelle gouvernance hospitalière », il est « fashion » pour les établissements de santé de s’inspirer des méthodes de management des entreprises ( en langage informatique, pratiquer l’art du copier coller).

C’est ainsi qu’en grande pompe un nouveau vocabulaire a fait son entrée à l’hôpital : « la gestion des compétences, les EPRD, l’efficience, les TIC, les processus… » et nous en oublions !

Cette idée de s’inspirer des méthodes de gestion entrepreneuriale est en soi plutôt bonne. En revanche, ce qui l’est beaucoup moins, c’est comment elle est appliquée dans le milieu hospitalier de la fonction publique. Présentés comme porteurs de renouveau et une chance pour l’encadrement des services, ces concepts méritent que nous nous y attardions un peu. Nous orienterons la focale sur la compétence des cadres de santé.

Etre compétent, cela veut dire quoi ?

La norme AFNOR définit la compétence comme étant la « mise en œuvre, en situation professionnelle, de capacités qui permettent d’exercer convenablement une fonction ou une activité.. »

En milieu professionnel, la compétence est une alchimie, un savant mélange de savoirs, de connaissances et d’expérience. C’est de fait une capacité à s’adapter à un environnement mouvant en mobilisant tous ses savoirs d’une façon qui n’est pas toujours consciente : aussi bien ceux appris en formation initiale que ceux acquis par l’expérience. La compétence n’est pas statique mais liée à l’action. Elle ne relève pas uniquement de la formation, mais également de parcours professionnel.

Pour Philippe Zarifian,la compétence peut se résumer en : « savoir agir, pouvoir agir et vouloir agir ». Le « savoir agir » est à la fois personnel et environnemental, « le vouloir agir » ne dépend que de l’individu, le « pouvoir agir » dépend de l’organisation du travail.

Katz distingue 3 types de compétences : conceptuelles, relevant du savoir, techniques relevant du savoir-faire, humaines relevant du savoir être.

Selon Guy Le Boterf, La compétence constitue un savoir « mobiliser », un « savoir combiner », un « savoir transférer » et un « savoir-faire éprouvé et reconnu ». « Chaque compétence est le résultat d’une combinaison de ressources ». Dans un contexte professionnel, la compétence d’une personne se définit par sa capacité à mobiliser de façon pertinente toutes celles dont elle dispose et qui lui permettent de réaliser les activités qui lui sont nécessaires pour produire services ou biens.

Ce qui fait la compétence, notamment celle du cadre de santé

La compétence d’un individu serait donc sa capacité à disposer de connaissances théoriques et pratiques (liées à l’expérience) et de les mélanger afin de lui permettre de traiter efficacement une situation de travail dans un contexte mouvant.

La compétence d’un cadre de santé serait sa capacité à faire feu de tout bois , à colmater les brèches, à pallier aux problèmes quotidiens chronophages et récurrents (absentéismes, équipes dépeuplées, gestion des conflits, demandes institutionnelles paradoxales du style « faire plus », mais sans les moyens nécessaires, …), mais aussi à être porteur de projets, passeur d’informations, innovateur tout en ayant, cerise sur le gâteau ! un « relationnel » sans faille.

« être compétent, mais surtout avoir une grande capacité relationnelle, c’est une alchimie, un tout. La compétence, cela peut s’acquérir, mais cette alchimie, c’est en soi. C’est un tout : relationnel, compétence, dialogue et ouverture d’esprit ».

Alors comment repérer les compétences ?

Dans le chapitre 2 de son rapport intitulé « Construire et développer les compétences des cadres hospitaliers », Madame de Singly consacre un paragraphe à la détection des futurs talents d’encadrement. Pourquoi pas ? Reste une question : comment être « chasseur de talent » sans savoir utiliser les compétences présentes ? Certaines organisations hospitalières sont incapables de repérer les talents des cadres confirmés. Par exemple, quand ils demandent à un cadre « expert » de faire le listing des vestiaires de l’établissement… .

En ce qui concerne la question spécifique du choix des « faisant fonction » à exercer les responsabilités d’encadrement, quels sont les critères de détection ? Etre bon élève ? Mener à son terme un projet professionnel ? L’ambition ? Un excellent dossier ? Pourtant les têtes de classe ne font pas forcément de bons cadres : les exemples foisonnent d’excellents infirmiers qui font de bien piètres cadres ! Comment pressentir un potentiel, sinon laisser parler son « flair » ? Comment expliquer qu’un faisant fonction peut exercer ses fonctions de façon talentueuse et ne pas réussir à franchir la barrière des concours d’entrée en IFCS ?

Remplacer le terme de Faisant Fonction par celui de « cadre apprenant » ne fait pas avancer le schmilblick.

Qui sera le chasseur de compétences ?

Qui repérera les compétences, comment seront elles définies ? Quels en seront les critères ? Le statut ? alors qu’il a déjà fait la preuve de son inefficacité ?

« Les concours sur titres n’en ont-ils que le nom ? dans la réalité, n’y a-t-il pas davantage de "laissez- passer" stratégiques, politiques ou encore liés à la cote d’amour ?? Déçus de la fonction publique et de son visage cache, certains cadres risquent de s’investir dans le privé où les règles du jeu ont le mérite d’être fixées, quoi qu’on pense de leur nature.

Sinon, que quelqu’un nous apporte les réponses à ceci : quels sont les critères de sélection d’un concours sur titres quand ce ne sont pas les titres ? les diplômes ? une conception de la fonction ? une atteinte d’objectifs ? comment sont reconnues les formations universitaires dans les établissements ? quelle autonomie d’action est laissée aux cadres de santé dans l’exercice de leurs missions ? Toutes ces questions, présentes dans le forum « cadres de santé », sont encore sans réponses !

La solution/la révolution ?

Pour donner aux cadres les opportunités de faire valoir et reconnaître leurs compétences, il semblerait judicieux d’appliquer les propositions faites dans le rapport de Madame de Singly . Elles sont de bon sens : reconnaissances des diplômes, formations continues, ouvertures sur l’université, …. Pourtant, il nous semble utopique de vouloir les appliquer dans notre système de santé, bureaucratique, hiérarchique et où la prégnance du statut empêche l’éclosion des talents : « du cautère sur une jambe de bois ».

Il faut commencer avant tout par faire évoluer les mentalités et le mode de fonctionnement des établissements de santé. C’est ce que les réformes hospitalières tentent de réaliser. Cependant il faut prendre en considération ce qui manque à l’encadrement : le temps. Demain il sera trop tard. Mais demain est déjà là !

Références

- Evaluation prévisionnelle des recettes et des dépenses
- Technique d’information et de communication
- Norme Française NF X50-750 de 07/96-Indice de classement :X50-750-Formation professionnelle -Terminologie, Juillet 1996
- ZARAFIAN, P, le modèle de la compétence, 2001[Paris], édition Lamarre
- KATZ, R.L, Skills of an effective administrator, avard Bisness Review, vol.51, 1974
- LE BOTERF Guy, BARZUCCHETTI Serge, Vincent Francine Comment manager la qualité dans la formation-Les Editions d’Organisation Paris 1995
- LE BOTERF. G, de la compétence à la navigation professionnelle, 1997 [Edition d’Organisation]
- Rapport de la mission cadres hospitalier septembre 2009

Photos : Paris, 2005 © serge cannasse




     
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3 Messages de forum

  • Compétences et cadres de santé : un conte de fées moderne

    8 octobre 2009 11:06, par Jacques.Pouzet
    Excellent article qui pourrait utilement servir dans d’autres domaines que les établissements hospitaliers

    Répondre à ce message

  • Compétences et cadres de santé : un conte de fées moderne

    9 octobre 2009 10:11, par Marie Jeanne Lorson
    Merci pour cet excellent article Ce que je relève c’est que vous reprécisez la définition de compétence selon Afnor qui indique la "mise en oeuvre en situation professionnelle" Je travaille sur le nouveau dispositif de formation infirmière qui apporte beaucoup d’éléments positifs.Mais ce qui me gêne +++ c’est la notion d’évaluation de compétences au cours de la formation , alors que l’évaluation devrait concerner les connaissances et les capacités nécessaires aux futurs professionnels pour qu’ils puissent développer des compétences en exercice professionnel Il me semble que cet aspect du nouveau dispositif pérennise une confusion entre le temps de formation et le temps de l’exercice professionnel .Il en est de même pour la notion de responsabilité : la responsabilité des étudiants est une responsabilité d’étudiant centrée sur "se former " différente de la responsabilité professionnelle A suivre !! MJL

    Répondre à ce message

 
     
   
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