Franchises : le débat n’est pas clos
septembre 2007, par serge cannasse 
Début septembre 2007, le débat sur les franchises semble en grande partie tranché, puisque les principales mesures sont annoncées. Mais il reste le débat parlementaire et la question du "bouclier sanitaire".
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Un débat clos ?
Le débat sur les franchises est en grande partie
tranché, puisque le Président de la
République a d'ores et déjà
annoncé (fin juillet) les dispositions qui seraient prises
pour le 1er janvier 2008. L'ensemble de la presse en a fait
état. Ici, je me réfère à l'
article de Viva magazine, toujours
très didactique. Donc :
- 0,5 euro par boîte de
médicament ;
- 0,5 euro par acte paramédical ;
- 2 euros par recours au transport sanitaire.
Pour un même individu, elles ne pourront pas
dépasser un plafond global de 50 euros annuel. Elles
s’ajouteront aux forfaits non remboursés
actuellement en vigueur :
- 1 euro par acte médical ou biologique avec un
plafond de 50 euros par an ;
- 18 euros sur les actes
« lourds » de plus de 91
euros ;
- 17 euros par jour (forfait journalier) lorsque
l’on est hospitalisé.
Au total, chaque assuré pourra
donc se voir appliquer des franchises jusqu’à un
plafond de 100 euros par an. Viva précise : " Cette somme s’ajoute
à celles qui restent à la charge des patients,
soit du fait de faibles taux de remboursements par la
Sécurité sociale
soit du fait des dépassements d’honoraires
pratiqués par de plus en
plus de médecins. (...)
Les
économies générées
devraient rapporter 850 millions d’euros à
l’Etat en 2008. Le forfait de 1 euro par acte devant de son
côté
atteindre 650 millions d’euros de moindres remboursements en
2008 (en
hausse de 200 millions car il n’est plus plafonné
à 1 mais à 4 euros
par jour), l’addition atteindra donc 1,5 milliard
d’euros pour les
assurés l’année prochaine, selon le
quotidien Les Echos (1/08)."
Seront exonérés les
mineurs de moins de 16 ans, les bénéficiaires de
la CMU et les femmes enceintes. Les mutuelles ne pourraient les
rembourser qu'à la condition de perdre certains avantages
fiscaux. " Une
évolution dangereuse à l'heure où
certains contestent l'intérêt de la «
mutuelle » pour les faibles consommateurs de soins,
après 40 % de hausse des cotisations au cours des quatre
dernières années ",
écrivent Les Echos (cité dans Annuaire sécu 261 du 12
août).
"
Les modalités seront présentées dans
le projet de loi de financement de
la sécurité sociale (PLFSS) pour 2008 qui sera
examiné en première
lecture du 23 au 26 octobre prochain à
l’Assemblée." (Viva
magazine)
Les
malades financent les malades ?
La
ministre de la santé a suscité un
tollé en déclarant : " Quelle est la personne qui ne
peut pas payer 4 euros par mois sur des objectifs aussi importants ?"
(Annuaire sécu 262 du 19
août 2007), ce qui ne l'empêche pas de
récidiver : " C'est
vrai que cela représente un effort important
demandé aux Français, mais quelle
était l'alternative?" (La Tribune du 5
septembre 2007).
De nombreuses associations (Viva magazine) lui
rétorquent qu'elles " voient
de plus en plus de personnes et de familles qui ne peuvent plus se
soigner convenablement " précisément
à cause des "restes à charge"
déjà imposés aux familles. Elles ne
sont pas les seules !
« La solidarité voulue
par nos pairs en 1945 se défait donc un peu plus, pour aller
vers un modèle où les malades sont
invités à être solidaires entre eux !"
estime le Collectif inter-associatif sur la santé (CISS). Dans un entretien au Monde
(3 août), le président de la Mutualité
française, Jean-Pierre Davant, renchérit : " Avec les franchises, on sort du
champ traditionnel de financement de la santé, de son
système solidaire. (...) On ne sait plus trop bien dans quel
système on est ".
Ou
la dépendance ?
Le débat se complique parce que
" la franchise ne
servira pas à éponger les déficits de
l'assurance-maladie mais à financer de nouveaux besoins,
à savoir la prise en charge des personnes
âgées dépendantes, qui sera l'objet
d'une cinquième branche de la protection sociale
créée « début 2008
»," a déclaré le
Président de la République (Les Echos du 1er
août).
Pour Luc Broussy,
délégué national du Parti socialiste
aux personnes âgées, directeur du Mensuel des
maisons de retraite, ce qui est en cause est le
désengagement de l'Etat, voulu par le Président
de la République, qui " expliquera
qu’après avoir allégé
certains contribuables de 11 milliards d’euros fournir un
effort de quelques milliards d’euros pour les personnes
âgées dépendantes est
au-delà des moyens de la France."
(Libération du 4 septembre)
Le
bouclier sanitaire : une dangereuse usine à gaz ?
Pour Pierre-Yves Geoffard cependant, "
La régulation
annoncée de la demande de soins par des
mécanismes de franchise, bien que très
impopulaire, a montré son efficacité dans
d’autres pays sans créer de barrière
dans l’accès aux soins lorsque les franchises
restent modérées. Mais ces mécanismes
doivent aussi s’articuler avec une régulation de
l’offre de soins, et notamment une évolution des
pratiques et des modes de rémunération des
professionnels de santé. De ce côté, on
a beau scruter, on ne voit rien venir de la
dérive…" (Libération du
21 juin)
Laissons de côté pour l'instant la
régulation du système, que bien d'autres
appellent de leurs voeux. Jean-Pierre Davant soulève un
problème bien réel dans les Echos du 2 juillet
(ainsi, beaucoup d'observateurs expliquent la défaite des
socio-démocrates suédois aux dernières
élections par ce facteur, alors même que les
Suédois ne semblent pas remettre leur
système en cause) : "
Si on demande aux classes
moyennes et aux cadres de financer toujours plus et de recevoir
toujours moins, on remet en cause le principe de solidarité
nationale. "
L'idée de moduler les franchises selon les revenus (le
bouclier sanitaire) ne plait guère au Dr Elie
Arié (cardiologue, enseignant-associé
à la Chaire d'économie et gestion des services de
santé au CNAM) : "
elle
constitue à la fois une usine à gaz qui obligera
à communiquer aux caisses chaque année les
revenus du ménage (dont les membres peuvent appartenir
à des régimes différents), un
archaïsme au moment où la notion de
ménage est en pleine révolution dans notre
société et un bouleversement de la
Sécurité sociale, qui ne connaît pas
des " ménages ", mais uniquement des assurés et
des ayants droit." (Le Monde du 22 juillet)
Pour un bouclier
sanitaire intégrant l'ensemble du "reste à charge"
Pour Didier Tabuteau (Responsable de la chaire santé
à Sciences Po ), il faut effectivement instituer un bouclier
sanitaire, mais sans modulation en fonction des revenus : "
il faut plafonner le montant
maximal du reste à charge, en prévoyant
l'intervention à 100 % de l'assurance-maladie lorsque ce
montant est dépassé, est une mesure indispensable."
(Le Monde du 3 août). Pour lui, il est indispensable
d'intégrer à ce reste à charge les
dépassements tarifaires : "
pour les seuls
médecins, les dépassements
représentaient 2 milliards d'euros sur un total de 18
milliards d'euros d'honoraires. (...) le montant des
dépassements dans le secteur à honoraires libres
a doublé en valeur réelle de 1990 à
2005. (...) Le débat sur les dépassements
tarifaires ne doit donc pas être dissocié de celui
sur le bouclier sanitaire ! (...) De même que les refus de
soins, les dépassements tarifaires dont sont victimes les
bénéficiaires de la CMU, et que la loi prohibe,
doivent faire l'objet de sanctions."