Informations des généralistes : le rapport de l’IGAS
janvier 2008, par serge cannasse 
Résumé du résumé ! du rapport de l’IGAS sur l’information des médecins généralistes sur le médicament. Ses différents acteurs sont passés en revue et des recommandations formulées. Où on s’aperçoit que, contrairement à ce que laisse entendre une bonne partie de la presse, le rôle principal n’est pas donné à l’industrie pharmaceutique, mais à la HAS, et que le metteur en scène a disparu.

Examinons donc la distribution des rôles.
Les bons : les généralistes
Globalement satisfaits, ils estiment cependant que l’information est surabondante et mal hiérarchisée. Cependant, ils ne se sont guère organisés, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays. Il conviendrait de développer les groupes de pairs et les logiciels d’aide à la décision.
Le truand : l’industrie pharmaceutique
Jouant un rôle "prééminent", elle consacre au moins 3 milliards d’euros à l’information sur ses médicaments, dont les 3/4 sont consacrés à ses visiteurs médicaux. L’information est entachée de biais connus (par exemple, sur-valorisation de certains produits, notamment les nouveaux par rapport aux anciens, sans que leur bénéfice soit toujours bien net).
Les médecins en sont conscients, mais font avec ce qu’ils trouvent : l’info est pratique, gratuite et adaptée à leurs besoins. Elle est chère - plus de 25 000 euros par médecin et par an - mais elle détermine largement les parts de marché des différents produits. Elle contribue au volume des prescriptions, ce qu’il faut rappeler : la France est le premier consommateur de médicaments au monde.
Les brutes : HAS, AFSSAPS, CNAM
L’IGAS rappelle que la loi a confié un rôle diecteur à l’HAS (Haute Autorité de santé) en la matière. Bien qu’en progrès, elle ne le joue pas encore suffisamment : messages peu pratiques et peu opérationnels, peu de prise en compte de l’influence de l’industrie, pas d’analyse des besoins des médecins en termes de thèmes à traiter, notamment pour la pratique quotidienne, pas de contact direct avec les médecins.
L’AFSSAPS n’a pas compris que ça n’est pas elle le patron. Elle définit une stratégie de communication sans doute adaptée aux médecins, mais qui contribue à entretenir la confusion de ceux-ci quant à l’action des pouvoirs publics.
Le dynamisme de la CNAMTS est salué. Elle dispose de l’outil des labos : les délégués de l’assurance maladie (DAM), bien acceptés par les médecins. Mais leurs missions ne sont pas toujours claires, les médecins craignent que leur rôle consiste surtout à faire faire des économies et le dispositif n’a pas été évalué, alors qu’il coûte cher (1200 DAM sont prévus pour 2009).
Un second rôle : la presse médicale
Avec un financement estimé à hauteur de 70 % par l’industrie pharmaceutique et l’absence de comités de lecture dignes de ce nom, l’objectivité de la presse (hors Prescrire, sans pub) est fortement interrogée. Notons cependant qu’il semble que les médecins soient attachés à cette source d’informations.
Le critique : l’IGAS
Les recommandations de l’IGAS suivent le constat précédent :
- La HAS doit s’affirmer comme le patron et pour cela définir une politique de promotion du bon usage du médicament. L’AFSSAPS doit se recentrer sur son rôle de sécurité sanitaire et travailler avec la HAS.
- Celle-ci doit avoir l’ambition de fournir une information exhaustive et adaptée à la pratique des généralistes (donc se doter d’outils pour cela).
- Elle doit également s’ériger en agence de surveillance des stratégies d’influence exercés sur eux, par exemple au moyen d’un réseau de médecins sentinelles, et avoir les moyens de pression adéquats.
- Le rôle d’information de la CNAM doit être clairement explicité par la loi. Ses méthodes doivent s’inspirer de celles, efficaces, de l’industrie.
- La HAS doit pouvoir mobiliser les DAM ou des prestataires de visite.
- Dans le but que ces efforts ne coûtent pas une fortune si rien n’est fait pour contrer les efforts des labos, un désarmement commercial de ceux-ci doit être mis en oeuvre (remarquez le lien avec l’action des agences publiques, complètement occulté par les comptes rendus que j’ai pu en lire) : taxe sur la promotion ou objectifs quantitatifs par classes de médicaments. L’objectif doit être de réduire les dépenses promotionnelles par deux.
- Les experts doivent déclarer leurs conflits d’intérêt, c’est-à-dire les sous qu’ils touchent de la part des labos.
- Promouvoir l’utilisation des logiciels d’aide à la décision et leur homologation par la HAS.
Le metteur en scène : l’État
Tout cela suppose des moyens et une volonté politique affirmée. À force de répéter toujours la même chose, on se prend à bailler.
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