Accueil  > Déterminants de santé > L’étude Expers : pour une vraie mesure de l’exposition des Français aux champs électromagnétiques de très basse fréquence
 
Déterminants de santé
 
 
L’étude Expers : pour une vraie mesure de l’exposition des Français aux champs électromagnétiques de très basse fréquence
septembre 2009, par serge cannasse 

La plupart des études publiées à propos des champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence sont fondées sur des expositions moyennes dans les habitations des sujets observés. Pour connaître plus précisément les valeurs réelles d’exposition, une étude a été confiée à Supélec. Son responsable, le Pr Gilles Fleury, explique ici ses modalités et son intérêt.

La plupart des études publiées à propos des champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence (ELF en anglais) sont fondées sur une exposition moyenne dans les habitations des sujets observés. Or, on ne sait pas si l’exposition de l’habitation représente celle de la personne. De plus, l’exposition réelle fluctue d’un sujet à l’autre, et pour un même sujet dans la journée, depuis des valeurs indétectables jusqu’à des expositions courtes et intenses. La seule notion de moyenne rend donc imparfaitement la réalité des expositions.

Pour connaître celles-ci plus précisément, il faut un échantillon de population suffisant pour être exploitable statistiquement et composé d’individus acceptant de porter sur eux en permanence et pendant toute une journée un appareil de mesure de ces champs. La réalisation d’une étude de ce type a été confiée par la DGS (Direction Générale de la Santé) à SUPELEC. C’est l’étude EXPERS (pour EXposition de la PERSonne).

L’appareil retenu réalise une mesure toutes les 3 secondes. On obtient ainsi, pour chaque individu, un enregistrement sur une durée de vingt-quatre heures. L’institut de sondage MV2 a été chargé de réaliser un échantillon de la population française avec le moins de biais de recrutement possible et comportant 1 000 adultes et 1 000 enfants. Le nombre important d’enfants est dû au fait que ce sont chez eux que les risques liés aux champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence ont été envisagés. Pour cela, l’institut s’est basé sur l’ensemble de tous les numéros de téléphone existant en France, y compris ceux sur liste rouge et les portables. En respectant les proportions de population régionale, il a ensuite procédé à un tirage au sort pour contacter les gens. Pour un même numéro de téléphone, était retenue la personne dont la date anniversaire était la plus proche de la date du contact.

Le recrutement a été plus difficile que prévu : les prospecteurs de l’institut ont mis en moyenne 74 minutes pour obtenir un accord, alors que dans la plupart des sondages, le temps moyen est de 2 ou 3 minutes. Les réticences des gens tenaient non seulement à la contrainte du port permanent de l’appareil de mesure, mais aussi à la défiance à l’égard de celui-ci : alors qu’il ne fait que mesurer, beaucoup craignaient une éventuelle nocivité.

Les gens doivent remplir une fiche de renseignements très détaillée sur leurs conditions de vie : configuration de l’appartement, nombre et nature des appareils électroménagers, transports utilisés, etc. En outre, ils doivent tenir un carnet de bord renseignant au cours de la journée les situations variées dans lesquelles ils se trouvent : transports, travail sur ordinateur, magasins, appareils électroménagers en fonctionnement à proximité d’eux, etc. Enfin, grâce à leur adresse, il est possible de déterminer avec précision la distance entre leur habitation et les lignes à haute tension les plus proches. Sont ainsi répertoriés un grand nombre d’éléments permettant de mettre en relation les expositions réelles et les événements de vie des sujets observés.

Il s’agit de la première étude mondiale de ce type avec un recrutement aussi important et une analyse des expositions réelles aussi fouillée. Ses résultats seront disponibles d’ici la fin de cette année. Il faut souligner que cette étude fait l’objet d’une thèse et qu’elle sera publiée dans des revues de niveau international, de façon à être examinée par l’ensemble de la communauté scientifique. En définitive, ce sont donc les experts internationaux qui établiront si sa méthodologie est valable et si ses conclusions peuvent être retenues. Même si ce travail va être prochainement expertisé par l’Afsset, il ne s’agira en aucun cas d’une analyse seulement franco-française, ce qui devrait rassurer ceux qui mettent en doute l’indépendance des spécialistes français. On voit mal pourquoi des experts étrangers seraient indulgents à l’égard de nos travaux.

Les résultats attendus sont d’abord d’identifier clairement les sources les plus prégnantes de champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence. Ensuite de déterminer l’existence éventuelle de groupes plus exposés que d’autres et sur lesquels il serait logique de cibler de futures études de détermination de risque. On peut d’ailleurs imaginer à la lumière des premiers résultats que les populations habitant près des lignes à haute tension ne constitueront pas l’essentiel de ces populations cibles.

Les résultats préliminaires montrent que l’exposition aux champs d’extrêmement basse fréquence en Île de France est plus importante en moyenne que dans les autres régions, ce qui n’a rien de surprenant, les densités d’appareillages électriques, de transports de toute sorte, y étant bien plus fortes du fait de la différence de densités populationnelles. Deuxième résultat : les enfants sont moins exposés que les adultes, parce qu’ils se déplacent moins, donc rencontrent moins de sources importantes de champs (lignes à haute tension, transport ferroviaires, etc.). C’est cohérent avec ce qui précède : quotidiennement, on se déplace plus en région parisienne qu’en province. D’ailleurs, les enfants qui restent le plus chez eux sont moins exposés que les autres, à l’exception typiquement de ceux qui habiteraient à proximité immédiate d’une ligne de chemin de fer, par exemple.

Les facteurs conduisant aux expositions moyennes les plus élevées sont, pour les enfants, le fait d’habiter dans un immeuble (à cause du nombre important de câblages électriques) et, pour les adultes, le fait d’habiter en ville, le temps passé dans les transports ferroviaires (TGV, TER, RER, métro, tramway) et dans les centres commerciaux.

Ce texte, établi d’après un entretien avec le Pr Gilles Fleury, responsable de l’étude Supélec, a été aimablement relu et corrigé par lui. Il est paru dans le supplément au numéro 824 du 16 juin 2009 de la Revue du praticien médecine générale, avec le soutien de RTE (Gestionnaire du Réseau de transport électrique).
.




     
Mots clés liés à cet article
  cancers recherche et essais cliniques champs électromagnétiques
     
Envoyer un commentaire Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Images
Portail
Initiatives
Bonheur du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
 
• Clitoridienne ou vaginale ?...
• Un paradoxe des maladies professionnelles...
• Comprendre les liens entre travail et souffrance mentale...
• Expertise de l’Afsset sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences...
• Le classement en trois listes des grandes entreprises en matière de prévention du stress abandonné...
• Église catholique et contraception : la mémoire courte...
• L’obèse, martyr contemporain...
• Tabagisme passif et infarctus du myocarde : il faut déchanter, de là à se taire ......
• La lutte contre le tabac renforce les inégalités sociales de santé...
• Chlordécone : où sont passés les journalistes ?...
• Cancers et pollution des sols par les pesticides organochlorés (chlordécone) en Martinique : pas de lien évident, selon l’INVS...
• Les substances dangereuses font courir de nouveaux risques croissants aux travailleurs européens...
• Travail des immigrés : plus de monotonie, moins de coopération...
• Amiante : l’Afsset prudente, la Commission européenne irresponsable...
• Pourquoi les sans domicile fixe refusent-ils d’être pris en charge ?...
• Santé mentale au travail : une étude aux résultats incontestables...
• La santé précaire au travail...
• Santé au travail : DRH et salariés ne partagent pas les mêmes avis...
• Santé au travail : une mise au point de la FNORS...
• Subventionner un vélo pour moins polluer...
• Sous déclaration des accidents du travail et des cancers professionnels...
• Un communiqué de l’Afsset sur les éthers de glycol...
• Le marché de la prostitution...
• Violences au travail : les "obligés du public" sont les plus exposés...
• Le repas depuis 45 ans : moins de produits frais, plus de plats préparés...
• Signature d’un accord national sur le stress au travail...
• Quelles politiques pour davantage de bébés ?...
• Arrêt du tabac : un comportement plus collectif qu’individuel...
• Une vieille dame tenace et pleine d’humour...
• Les chiffres édifiants de la morbidité routière...
• Santé et travail en Europe...
• Travail : trois injonctions paradoxales...
• Efficacité et convivialité dans l’entreprise...
• Les structures d’accueil pour jeunes enfants : disparités géographiques et manque de place...
• Stress au travail : une très bonne introduction par l’INRS...
• Droit opposable à la garde d’enfants : dévêtir Pierre pour habiller Paul...
• Devenir adulte en Europe...
• Prisons et psychiatrie...
• Violences physiques : près de la moitié au sein des familles...
• Faible recul des ventes de tabac en 2007...
• Bon accueil des messages sanitaires sur l’alimentation...
• Téléphones portables : danger pour les tomates !...
• Un miracle laïc : la chute du taux d’infarctus en un temps record...
• Un point de vue pour la légalisation des mères porteuses ...
• Un communiqué de l’AFSSET : légionnelles dans les tours réfrigérantes...
• Les centenaires d’Okinawa...
• Renault : décréter la convivialité...
• Usine Renault Cléon : pressions pour renoncer aux arrêts de travail...
• Centres d’appel téléphonique : la mauvaise réputation...
• Pénibilité au travail : négociations interrompues...
• La santé des plus pauvres...
• Grands-parents : une figure sociale renouvelée...
• La Grande-Bretagne autorise des chimères homme-animal...
• Exposition professionnelle aux produits cancérogènes ...
• Pollution au travail et maladies cardiovasculaires : un lien démontré...
• Les femmes font plus de semaines de 35 heures par an que les hommes...
• Le corps de chacun : celui de sa catégorie sociale...
• Sport et santé sont dans le même bateau, ... ...
• Plus d’un million de foyers bénéficient du RMI...
• Toxicité : un OGM innocenté...
• La Grande-Bretagne déclare la guerre à l’excision...
• Homoparentalité : une réponse à Sylviane Agacinsky...
• Homoparentalité : le point de vue de Sylviane Agacinski...
• Automutilations...
• Observance (suite) : la réponse de Denise Silber à Ethicaceutic...
• Baisse du nombre de médicaments vendus en France en 2006 (6,7 %)...
• IVG et contraception : un problème de prescription et/ou d’information ?...
• En avoir ou pas...
• Contrefaçon de médicaments : l’Europe touchée....
• Vieillissement de la population : une opportunité ?...
• De quoi souffre t’on ? Etat des lieux des maladies déclarées en France....
• Observance : la réponde d’Ethicaceutic à Denise Silber...
• Le vécu de la grossesse ...
• L’observance : un article de synthèse par Denise Silber...
• Les solidarités familiales en France...
• Un sondage de l’ANACT sur la qualité de vie au travail...
• Les Français et le grand âge...
• Le recours au médecin explose depuis 1980...
• La bataille des acides gras "trans"...
• L’organisation apprenante préserve la santé au travail...
• Discriminations : les fumeurs aussi...
• Le dîner, dernier refuge de la sociabilité en famille ?...
• La souffrance des adolescentes...
• Un suicide reconnu comme accident du travail...
 
 
 
 
 
 
Nous adhérons aux principes de la charte HONcode.
Vérifiez ici.
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être