L’excision des petites filles en Indonésie
août 2008, par serge cannasse 
Dans le cadre du festival de Perpignan, une des principales manifestations mondiales du photojournalisme, l’association Care International a décerné son grand prix du reportage humanitaire à Stéphanie Sinclair pour son travail sur " L’excision, une tradition en Indonésie ". En effet : dans ce pays, 96 % des familles interrogées ont affirmé que leurs filles avaient subi l’excision dès l’âge de 14 ans. Le reportage de Stéphanie Sinclair montre comment se déroule cette "cérémonie".
Stéphanie Sinclair :
" Chaque année au printemps, des campagnes d’excisions gratuites sont organisées à Bandung en Indonésie. Le plus souvent, c’est la mère qui remet sa fille entre les mains de quelques femmes qui lui enlèvent, d’un geste routinier mais apparemment non moins attentionné, une petite partie de son sexe.
Ces campagnes d’excision sont organisées sous la houlette de la fondation Assalaam, une organisation islamique pour l’éducation et les services sociaux. Les excisions ont lieu dans des centres de prière ou dans des écoles primaires. (Dans les salles de classe, des tables rapprochées recouvertes d’un drap et d’un oreiller font office de lit pour l’opération). La procédure ne prend que quelques minutes, sans grande effusion de sang. La zone génitale de l’enfant est ensuite nettoyée à la Bétadine, un produit antiseptique. L’enfant peut alors se rhabiller et retourner à la salle d’attente. Là, elle reçoit un petit cadeau (fruit ou vêtement) ainsi qu’un rafraîchissement (verre de lait).
Elle vient d’intégrer cette vaste majorité silencieuse des femmes d’Indonésie. Selon une étude menée en 2003 par la Population Council, un groupe international de recherche, 96% des familles sondées en Indonésie ont déclaré que leurs filles avaient subi une forme d’excision avant l’âge de 14 ans.
Si, lors de l’excision, l’ablation est moins importante en Indonésie que dans d’autres pays du monde (les exciseuses ont pu comparer la quantité de chair enlevée à un quart de grain de riz, une graine de goyave, le bout d’une feuille ou encore le chas d’une aiguille), les conséquences n’en sont pas pour autant moins dramatiques. En effet, selon un rapport récent de l’Organisation Mondiale de la Santé, la probabilité d’un accouchement difficile ou d’un décès du nourrisson est bien plus élevée chez une femme excisée."
" Exciseuses et leurs apprenties dans la salle de classe qui fait office de salle d’opération. Les exciseuses traditionnelles ne reçoivent aucune formation médicale. Elles apprennent sur le tas."
" Cris de douleur pendant l’intervention. Une incitation financière a été donnée aux familles des 248 jeunes filles pour qu’elles participent à la campagne d’excision de masse qui coïncide avec la fête de l’anniversaire du Prophète Mahomet."
" Jeune fille remettant se rhabillant après l’intervention. Selon un représentant de la fondation Assalaam, l’excision a trois motifs : “Premièrement, stabiliser la libido de la femme. Deuxièmement, la rendre plus belle aux yeux de son mari. Et troisièmement, assurer son équilibre psychologique. »"
" Les larmes d’une jeune excisée, après l’intervention. En 2003, un sondage portant sur 1 694 foyers en Indonésie a montré que 92% des mères étaient pour le maintien de l’excision. Plus des deux tiers ont déclaré que cette pratique avait un impact bénéfique chez la femme."
Extraits du communiqué de presse de Care International :
"
Depuis 1997, le Grand Prix du Reportage Humanitaire est organisé en partenariat avec Visa pour l’Image, qui expose le lauréat et les finalistes pendant la durée du Festival à Perpignan. Depuis 2003, il bénéficie du soutien financier de Sanofi-Aventis, en cohérence avec l’engagement de l’entreprise aux côtés de CARE dans des programmes humanitaires de terrain, comme aujourd’hui en Birmanie, au lendemain du cyclone Nargis.
CARE est engagé dans la lutte contre l’excision par des actions de lobbying auprès des instances politiques et sociales mais aussi par des actions de sensibilisation auprès des communautés. Par exemple au Mali, CARE a participé au financement d’une conférence internationale sur les mutilations génitales, organisée à Bamako en 2006 par le gouvernement malien. A l’issue de cette conférence, le Mali a ratifié le protocole de Maputo, à travers lequel les Etats s’engagent notamment à « interdire par des mesures législatives, assorties de sanctions, toutes formes de mutilations génitales féminines ».
Je remercie Alexandra Banget-Mossaz, Chargée de Communication à Care France, de sa confiance en m’autorisant à reproduire quelques unes des images de Stéphanie Sinclair.
CARE France - Alexandra Banget-Mossaz – Chargée de Communication
Tél : 01 53 19 89 92 - E-mail : banget-mossaz@carefrance.org
Anne-Marie Menut – Responsable Communication - Montpellier - Sanofi Aventis
Tél : 04 99 77 64 59 / 06 85 07 69 50 - E-mail : anne-marie.menut@sanofi-aventis.com
Une conférence de presse sur le Grand Prix CARE se tiendra le jeudi 4 septembre à 12h00 au Palais des Congrès de Perpignan. Le même soir, Stephanie Sinclair recevra le Grand Prix CARE du Reportage Humanitaire 2008.
L’exposition sera ensuite accueillie à Paris par la Galerie Fait & Cause (Association Pour Que l’Esprit Vive) du 30 septembre au 31 octobre 2008.
Toutes les images : © Stephanie Sinclair / VII Network / The New york Times Magazine.
Site internet de Stéphanie Sinclair
Festival Visa pour l'image - Perpignan