Accueil  > Déterminants de santé > L’obésité progresserait plus par les liens amicaux que par les liens familiaux
 
Déterminants de santé
 
 
L’obésité progresserait plus par les liens amicaux que par les liens familiaux
mars 2008, par Pariente Alex 

La progression de l’obésité est rapide, elle est observée dans toutes les couches socioéconomiques. Comment rendre compte de cette épidémie ? Les facteurs génétiques prédisposants existent mais ne peuvent l’expliquer : ils n’ont pas pu se modifier en une génération ! Les auteurs d’un travail publié récemment dans le New England Journal of Medicine ont fait l’hypothèse que l’existence de contacts sociaux avec des obèses, surtout quand il s’agit de contacts affectifs et choisis, peut modifier la tolérance personnelle vis-à-vis de l’obésité et rendre ainsi acceptables des comportements générateurs d’obésité.

La cohorte de Framingham sert encore une fois !

Pour la tester, ils ont eu l’idée d’utiliser la célèbre cohorte de Framingham, commencée en 1948 (5214 personnes), enrichie de la génération des descendants et de leurs époux en 1971 (5124 personnes), puis de la 3ème génération en 2002 (4095 enfants)… avec presqu’aucun perdu de vue ! Les membres de la 2ème génération ont été considérés comme les proposants de l’étude et appelés les « egos ». C’est leur risque de devenir obèse qui a été examiné, en fonction de leurs liens avec les autres personnes de la communauté qui le deviennent eux-mêmes, appelées « alters ». Ce qui est magnifique, c’est que les dossiers des « egos » contenaient une mine d’informations, dont la désignation volontaire d’amis… Les egos ont été revus régulièrement (7 fois) entre 1971 et 2003. On a pu ainsi établir le réseau des liens (familiaux, amicaux, et même de voisinage, 38.611, en moyenne 7,5 par ego) formant le squelette social de cette communauté. Les liens d’amitié étaient définis comme unilatéral à partir soit de l’égo, soit de l’alter, ou bien mutuel, l’ego et l’alter se désignant l’un l’autre comme amis.

Les réseaux de relations ont été représentés graphiquement : chaque individu est représenté par une sphère reliée aux autres par des liens. On voit ainsi clairement des agglomérats de personnes obèses ou de personnes non-obèses. Sur des représentations successives du réseau dans le temps, on peut observer la progression de l’épidémie d’obésité le long des nœuds du réseau, et voir qu’elle n’est pas due au hasard.

Le risque pour un ego de devenir obèse après qu’un alter le soit lui-même devenu est augmenté de 47% par rapport à une répartition aléatoire du risque dans le réseau. Le risque est également augmenté, mais de façon moindre (20%) lorsque le lien est au second degré, encore moindre (10%) au troisième degré. Il rejoint le risque de base au quatrième degré. En revanche l’éloignement géographique (reflet indirect des conditions socioéconomiques) n’a pas de rôle.

Des amitiés pathogènes !

La force du type de lien d’amitié est étonnante : l’amitié simple (unilatérale) augmente le risque de devenir obèse de 57%, mais l’amitié mutuelle (bidirectionnelle) augmente ce risque de 171%. Le risque est plus élevé si les amis sont de même sexe (+71%), mais pas s’ils sont de sexe opposé, il est plus grand (+100%) chez les hommes que chez les femmes (+38%, non significatif).

La force du lien familial est moindre : avoir un frère devenant obèse augmente son risque de devenir obèse de 40%, plus si le sexe est identique (55 vs 27%), sans différence entre hommes et femmes. Le lien conjugal augmente le risque de 40%. En revanche, on n’ a pas plus de risque de devenir obèse après que son voisin le soit devenu…

Le lien social, facteur de contagion et donc de prévention

Ce travail est enthousiasmant, parce qu’il montre combien les sciences humaines peuvent apporter à la médecine, à condition qu’elles préfèrent la rigueur scientifique au verbiage. Il suggère que le lien social est un plus grand déterminant du risque de devenir obèse que le lien familial, et que les liens géographiques ne font rien à l’affaire. C’est un argument très fort pour l’idée d’une « induction » des comportements générateurs d’obésité par les personnes obèses vers leur entourage, d’ autant plus que le lien (d’amitié ou familial) est plus étroit. Il s’agit bien d’une contagion, et c’est en établissant des obstacles au niveau des nœuds de communication, et non au hasard dans la population, qu’on a le plus de chance de mener des interventions efficaces.

Christakis NA et Fowler JH. N Engl J Med 2007 ; 357 : 370-9

Voir aussi l’entretien avec Antoine Bevort, à propos du capital social, sur Carnets de santé.




     
Mots clés liés à cet article
  obésité liens sociaux
     
Imprimer cet article
 
     
   
  Humeurs
Entretiens
Déterminants de santé
Problèmes de santé
Organisation des soins
Professionnels de santé
Economie de la santé
International
Transversales
Société
Chantiers
Images
Portail
Initiatives
Bonheurs du jour
   
   
Proposer un article
S'inscrire à la newsletter
Mots clés
Emploi
Liens
Contact
 
• Jouir et souffrir au travail...
• Clitoridienne ou vaginale ?...
• Un paradoxe des maladies professionnelles...
• Comprendre les liens entre travail et souffrance mentale...
• Expertise de l’Afsset sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences...
• Le classement en trois listes des grandes entreprises en matière de prévention du stress abandonné...
• Église catholique et contraception : la mémoire courte...
• L’obèse, martyr contemporain...
• Tabagisme passif et infarctus du myocarde : il faut déchanter, de là à se taire ......
• La lutte contre le tabac renforce les inégalités sociales de santé...
• Chlordécone : où sont passés les journalistes ?...
• Cancers et pollution des sols par les pesticides organochlorés (chlordécone) en Martinique : pas de lien évident, selon l’INVS...
• Les substances dangereuses font courir de nouveaux risques croissants aux travailleurs européens...
• Travail des immigrés : plus de monotonie, moins de coopération...
• Amiante : l’Afsset prudente, la Commission européenne irresponsable...
• Pourquoi les sans domicile fixe refusent-ils d’être pris en charge ?...
• Santé mentale au travail : une étude aux résultats incontestables...
• La santé précaire au travail...
• Santé au travail : DRH et salariés ne partagent pas les mêmes avis...
• Santé au travail : une mise au point de la FNORS...
• Subventionner un vélo pour moins polluer...
• Sous déclaration des accidents du travail et des cancers professionnels...
• Un communiqué de l’Afsset sur les éthers de glycol...
• Le marché de la prostitution...
• Violences au travail : les "obligés du public" sont les plus exposés...
• Le repas depuis 45 ans : moins de produits frais, plus de plats préparés...
• Signature d’un accord national sur le stress au travail...
• Quelles politiques pour davantage de bébés ?...
• Arrêt du tabac : un comportement plus collectif qu’individuel...
• Une vieille dame tenace et pleine d’humour...
• Les chiffres édifiants de la morbidité routière...
• Santé et travail en Europe...
• Travail : trois injonctions paradoxales...
• Efficacité et convivialité dans l’entreprise...
• Les structures d’accueil pour jeunes enfants : disparités géographiques et manque de place...
• Stress au travail : une très bonne introduction par l’INRS...
• Droit opposable à la garde d’enfants : dévêtir Pierre pour habiller Paul...
• Devenir adulte en Europe...
• Prisons et psychiatrie...
• Violences physiques : près de la moitié au sein des familles...
• Faible recul des ventes de tabac en 2007...
• Bon accueil des messages sanitaires sur l’alimentation...
• Téléphones portables : danger pour les tomates !...
• Un miracle laïc : la chute du taux d’infarctus en un temps record...
• Un point de vue pour la légalisation des mères porteuses ...
• Un communiqué de l’AFSSET : légionnelles dans les tours réfrigérantes...
• Les centenaires d’Okinawa...
• Renault : décréter la convivialité...
• Usine Renault Cléon : pressions pour renoncer aux arrêts de travail...
• Centres d’appel téléphonique : la mauvaise réputation...
• Pénibilité au travail : négociations interrompues...
• La santé des plus pauvres...
• Grands-parents : une figure sociale renouvelée...
• La Grande-Bretagne autorise des chimères homme-animal...
• Exposition professionnelle aux produits cancérogènes ...
• Pollution au travail et maladies cardiovasculaires : un lien démontré...
• Les femmes font plus de semaines de 35 heures par an que les hommes...
• Le corps de chacun : celui de sa catégorie sociale...
• Sport et santé sont dans le même bateau, ... ...
• Plus d’un million de foyers bénéficient du RMI...
• Toxicité : un OGM innocenté...
• La Grande-Bretagne déclare la guerre à l’excision...
• Homoparentalité : une réponse à Sylviane Agacinsky...
• Homoparentalité : le point de vue de Sylviane Agacinski...
• Automutilations...
• Observance (suite) : la réponse de Denise Silber à Ethicaceutic...
• Baisse du nombre de médicaments vendus en France en 2006 (6,7 %)...
• IVG et contraception : un problème de prescription et/ou d’information ?...
• En avoir ou pas...
• Contrefaçon de médicaments : l’Europe touchée....
• Vieillissement de la population : une opportunité ?...
• De quoi souffre t’on ? Etat des lieux des maladies déclarées en France....
• Observance : la réponde d’Ethicaceutic à Denise Silber...
• Le vécu de la grossesse ...
• L’observance : un article de synthèse par Denise Silber...
• Les solidarités familiales en France...
• Un sondage de l’ANACT sur la qualité de vie au travail...
• Les Français et le grand âge...
• Le recours au médecin explose depuis 1980...
• La bataille des acides gras "trans"...
• L’organisation apprenante préserve la santé au travail...
• Discriminations : les fumeurs aussi...
• Le dîner, dernier refuge de la sociabilité en famille ?...
• La souffrance des adolescentes...
• Un suicide reconnu comme accident du travail...
 
 
 
 
Wikio - Top des blogs - Santé et bien être