La "Care revolution" des services à la personne
mai 2009, par Jean Riondet 
Pour Jean Riondet, l’ouvrage du directeur d’Europ Assistance, Martin Vial, annonce une révolution à venir, mais encore mal conceptualisée en France : l’alliance du sanitaire et du social non pas dans le cadre du service public, mais grâce aux entreprises privées alliant les savoirs faire de l’assureur et des prestataire de services.

Les services à la personne constituent une véritable révolution sociale. Il ne s’agit pas de petits boulots, mais de répondre à une demande de plus en plus forte de services personnalisés. Il s’agit de services de proximité où la relation humaine prime. Le mot Care en anglais n’a pas de correspondance exacte en Français. Il s’agit « de prendre soin de, de se charger de, de s’occuper de, de faire attention à, de s’intéresser à… ».
La relation personnalisée prend la première place après l’ère de la consommation de masse indifférenciée. C’est une révolution qui répond à des changements de mentalité sans doute, mais aussi aux formidables mutations démographiques constatées dans le monde. Le vieillissement de la population engendre ce type de demande. Après avoir acquis dans sa jeunesse un pavillon pour y abriter sa famille, le couple vieillissant cherche l’homme à tout faire qui sera son aide pour le jardin…
Les Etats s’intéressent à ce marché qui représente des emplois non dé-localisables. Les leviers fiscaux et sociaux sont indispensables pour améliorer la solvabilité des clients, permettre l’émergence d’opérateurs solides et fiables sur ce marché de façon à sortir de la seule relation interindividuelle où employé et particulier employeur sont co-producteur du service et ainsi d’entrer progressivement dans la logique de qualifier ces emplois. L’Etat par sa mission de produire les règles est au fondement de la structuration de ce marché.
La santé est un secteur demandeur de ce développement, le soin à domicile est dominé par le nombre des malades chroniques, des personnes âgées dépendantes, toujours plus nombreuses aussi bien chez elles qu’en institution. Les anglais ont depuis longtemps abordé le sujet sous cet angle en requalifiant des femmes de ménage pour en faire des generic workers ou key workers, chargées d’accompagner les personnes âgées avec un objectif, et dans des organisations ad hoc, d’abaisser le nombre des hospitalisations. Le NHS rémunère le système des generic workers.
Le modèle économique ad hoc n’est pas encore décrit ni vraiment imaginé en France. Les réseaux de santé auraient pu l’être, des exemples existent mais restent marginaux, les grandes fédérations des associations d’aide à domicile sont campées sur le schéma classique du partage sanitaire /social, cette révolution est en attente de leader. L’offre de soins de ville souffre d’un manque de professionnels qualifiés, une recomposition des organisations de prise en charge des malades à leur domicile reste à imaginer.
Mais qui est Martin Vial ? Directeur général d’Europ Assistance, il affiche clairement un axe de développement sur le champ des malades chroniques. La prise en charge par l’assureur doublée du savoir faire de l’assisteur est une réponse à explorer pour répondre aux défis de la chronicité à laquelle le système de santé français est confronté. Europ Assistance est une filiale du groupe Generali.