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Déterminants de santé
 
 
La pollution atmosphérique enfin reconnue comme pathogène
avril 2009, par serge cannasse 

Pendant longtemps, les liens entre santé et qualité de l’air ont été difficiles à établir. En cause, la complexité des études à réaliser et le rôle prépondérant du tabac, jouant le rôle de l’arbre qui cache la forêt. En quelques années, les choses ont bien changé. L’environnement est devenu un enjeu de santé publique partagé par tous. Les travaux scientifiques sont de plus en plus nombreux et produisent des résultats de plus en plus solides.

La pollution nuit même aux sujets en bonne santé

Un travail de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publié en 2007 a montré que la pollution n’affecte pas seulement les populations fragiles. Il a été mené en région parisienne chez 41 sujets jeunes, non fumeurs, choisis pour leur bon état de santé et l’absence de maladie cardiovasculaire dans leurs antécédents personnels et familiaux.

Leur risque cardio-vasculaire a été évalué régulièrement par la mesure de leur fonction endothéliale. L’endothélium est le tissu qui recouvre l’intérieur des vaisseaux artériels ; c’est donc par lui que passent d’abord les composants de l’air apportés par le sang à l’ensemble du corps : l’oxygène, mais aussi de nombreux polluants. Son altération est un facteur majeur de maladie cardio-vasculaire.

Chez les sujets de l’étude, la fonction endothéliale baissait de moitié entre le jour le moins pollué et le jour le plus pollué de l’année. Elle était équivalente à celle de patients porteurs de maladies chroniques lourdes (insuffisance cardiaque, hypercholestérolémie familiale, diabète) dans les périodes de pollution maximum. L’ensemble des polluants joue un rôle : les gaz (dioxyde de soufre, gaz carbonique, dioxyde d’azote) abîment plutôt les grosses artères, les particules fines endommagent la capacité de dilatation des petites artères périphériques.

La pollution augmente la mortalité cardio-vasculaire à court terme

Un travail de l’InVS (Institut de veille sanitaire) vient de montrer (2009) que ce risque est bien réel. La mortalité à court terme par affection cardiovasculaire est jusqu’à deux fois plus élevée que la mortalité toutes causes confondues quand augmente la pollution atmosphérique, notamment celle liée aux particules fines et au dioxyde d’azote. Il y a également un lien entre le niveau de la pollution et le nombre de journées d’hospitalisations pour cause cardio-vasculaire, surtout chez les personnes âgées d’au moins 65 ans.

Particules fines : l’exposition modérée fréquente plus grave que les pics de pollution

Les auteurs de ce travail ont conclu en affirmant que « la pollution particulaire constitue aujourd’hui un des composants majeurs de la pollution atmosphérique urbaine. » Une autre étude, conduite par un groupe d’experts réunis par l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail), précise qu’il n’y a pas de seuil en dessous duquel l’exposition aux particules fines est sans danger.

Il a également montré que l’altération de la santé ne dépend pas tant des pics de pollution que des expositions fréquentes à des niveaux modérés de pollution par les particules fines : ces derniers sont responsables de 97 % de l’impact sanitaire. Les politiques d’alerte en fonction de l’intensité des pics ne sont vraiment utiles que pour les populations fragiles (femmes enceintes, enfants, personnes âgées, malades cardiovasculaires, asthmatiques, etc).

Les experts donnent donc la priorité à la diminution de la pollution par ses sources : les activités de combustion, l’industrie manufacturière, les transports (responsables de 30 % de la pollution en Île de France contre 11 % en moyenne dans le reste de la France). Parmi les populations sensibles, ils incluent les personnes vivant à proximité de ces sources (dont celles vivant près d’axes routiers).

Plus de maladies allergiques chez les enfants vivant à proximité d’axes routiers

C’est ce qu’avait déjà noté un travail de l’INSERM paru en 2007 et conduit chez plus de 5 000 enfants dans 108 écoles primaires de 6 villes de France : il y a presque deux fois plus d’asthme allergique et trois fois plus d’eczéma chez les enfants qui vivent depuis au moins 8 ans dans des lieux où les niveaux de pollution atmosphérique liée au trafic automobile dépassent les valeurs guides recommandées par l’OMS, même si ce dépassement est léger, en comparaison des autres enfants. Comme le soulignait déjà la coordinatrice de ce travail, Isabella Annesi-Maesano, les valeurs de l’OMS sont donc clairement à revoir à la baisse.

Deux facteurs de risque : la conduite automobile et le travail

Un autre travail de l’INSERM, mené avec l’association Airparif et publié la même année, a montré que les automobilistes sont trois fois plus exposés à la pollution que les piétons, les cyclistes et les enfants en poussette, parce qu’ils respirent l’air des véhicules qui les précèdent.

Bien qu’il soit habituel de séparer la santé au travail du reste de la santé publique, ce qui est regrettable (et ce qui est d’ailleurs en train de changer), il faut également rappeler qu’environ 2,4 millions de salariés sont soumis à des expositions professionnelles comportant un risque de cancer. La plupart se font par la peau, mais aussi par voie aérienne.

L’inégalité sociale de pollution

Il est enfin probable que tous ne soient pas égaux devant la pollution. Les inégalités socio-économiques pourraient jouer de deux manières, soit que les populations les plus fragiles seraient plus exposées, du fait de leurs conditions de vie, soit que leur moins bon état de santé les rendrait plus sensibles à la pollution. Toute une voie de recherche est ici engagée.

Des chercheurs britanniques ont d’ailleurs montré une plus faible mortalité des populations vivant dans un environnement sain (comportant en particulier beaucoup de verdure) que celle des populations vivant dans des régions fortement polluées, indépendamment de leur niveau socio-économique.

En conclusion, le risque sur la santé lié à la pollution de l’air est aujourd’hui bien établi, d’ailleurs plus fermement pour les maladies cardio-vasculaires que pour les maladies respiratoires, pour lesquelles les études sont plus complexes à réaliser. Les principaux polluants, gaz et particules fines, sont en cause. Ce risque augmente avec le niveau et la fréquence de l’exposition. Les populations soumises régulièrement à des niveaux élevés de pollution sont donc plus à risque que les autres.

Parmi elles, celles qui vivent à proximité d’axes routiers. Il est donc fondamental d’étudier comment se diffusent les polluants à partir de ceux-ci. C’est l’objet de l’étude que vient de publier Airparif (en collaboration avec le LHVP – Laboratoire d’hygiène de la ville de Paris) à propos du périphérique routier traversant la porte de Gentilly, dans le sud parisien. Elle montre que « les objectifs de qualité pour le dioxyde d’azote sont dépassés en moyenne sur une bande de 200 mètres de part et d’autre du périphérique. Les niveaux de benzène et de particules sont problématiques aux abords immédiats de celui-ci, sur quelques dizaines de mètres. (…) Plus on s’éloigne du trafic, plus les niveaux de pollution diminuent. »

Les niveaux de dioxyde d’azote augmente avec le nombre des voies, parce que les véhicules roulent plus vite et émettent plus de ce polluant. Mais les niveaux de benzène augmentent avec la diminution du nombre des voies, parce que les véhicules roulent moins vite ... Enfin, si la diffusion de la pollution est atténuée par la présence de bâtiments, la pollution elle-même est bien réelle à l’intérieur de ceux-ci, avec un décalage dans le temps, mais aussi un étalement.

Il faut signaler que ce travail a été mené auprès de la ville de Gentilly (94), dont l’Atelier Santé Ville est actif depuis longtemps. Il avait organisé une semaine autour de l’air, à la suite d’une enquête menée auprès des habitants et des professionnels de santé qui montrait que la pollution est un facteur majeur d’inquiétude pour leur santé.

Sur l’Atelier Santé Ville de Gentilly, voir l’entretien avec Claude Laguillaume, son animateur, dans Carnets de santé.
Pour un plaidoyer en faveur des actions locales de santé publique, voir l’article de l’association Elus, Santé Publique & Territoires : Pour une réelle prise en compte des démarches locales de santé publique dans la loi HPST]

Références :
-  revue de presse de l’INSERM 2007 et 2008
- communiqué de presse de l’INSERM du 31 octobre 2007.
- Airparif. Communiqué de presse du 6 février 2007
- BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) du 5 février 2009
- Communiqué de presse de l’Afsset du 23 mars 2009
- Extrapol numéro 31 de juin 2007.

Cet article est paru sous une forme légèrement modifiée dans un CD-R pédagogique publié par la ville de Gentilly (94).

Photos : Chicago, 2008 © serge cannasse




     
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