La tentative d’internationalisation de la médecine siddha
février 2008, par serge cannasse 
Bien qu’elle soit une des trois médecines traditionnelles officielles en Inde, pays pour lequel l’engouement occidental ne se dément pas, la médecine siddha a une faible reconnaissance internationale. S’y opposent la teneur en métaux lourds de ses produits, malgré une réglementation indienne sévère, la concurrence de la médecine ayurvédique, mieux connue,et la dispersion de ses fabricants en petites structures ne disposant pas des ressources nécessaires pour une commercialisation à grande échelle.

" Le siddha est la médecine traditionnelle utilisée par les tamouls résidant en Inde, dans les Etats limitrophes du Tamil Nadu et dans certains pays où celle-ci est accessible (Sri Lanka, Singapore, Malaisie)." Elle est reconnue par le gouvernement indien comme un des trois systèmes médicaux indiens, avec l’ayurveda et l’unani.
Difficultés des petites structures à respecter les réglementations
" Les médicaments siddha, à l’image de ceux de l’ayurvéda, se composent d’ingrédients végétaux, organiques et minéraux, (...) mais utilisent davantage les métaux et les complexes métalliques. Ce point est important à souligner car ces dernières années, les médicaments issus de médecines traditionnelles, dont l’ayurveda, font régulièrement l’objet d’alertes sanitaires de la part des pays occidentaux pour leur teneur élevée en métaux lourds. Ainsi, les risques inhérents aux métaux peuvent constituer un véritable obstacle pour l’exportation des médicaments siddha."
Cet obstacle est bien entendu lié à la réglementation sanitaire des pays d’exportation, mais aussi à ce qui est recherché dans les médecines traditionnelles : l’inocüité. C’est pourquoi le gouvernement indien a mis en place des règles strictes visant à protéger le consommateur (indien) et à " sensibiliser les fabricants sur les risques encourus. Avec comme inconvénient de " pénaliser les nombreuses manufactures de petites tailles qui n’ont pas les moyens financiers pour respecter toutes les normes et en obtenir le certificat."
Les fabricants continuent de fabriquer des produits contenant des métaux lourds pour le marché indien, quoique " de plus en plus de praticiens traditionnels sélectionnent les formulations combinant uniquement des plantes, voire très exceptionnellement quelques minéraux." En revanche, " ils sont exclus de la gamme destinée à l’exportation vers les pays occidentaux." Il existe quand même " un sérieux problème " pour les gouvernements " qui ne peuvent ni les contrôler, ni les réglementer. Les cas d’intoxication par des médecines achetées directement dans le pays de production sont loin d’être négligeables."
Exportation : internet et tradipraticiens surtout
L’exportation est promue par l’internet et par la prescription directe des médecins traditionnels aux étrangers ("suitcase export"). La plupart de ceux-ci sont des Tamouls, vivant en particulier dans les pays du Golfe et dans les pays occidentaux. Les étrangers d’origine non indienne sont plus familiarisés avec la médecine ayurvédique et consultent rarement un médecin siddha (cittavaittiyar). Ils le font en général en raison d’une " maladie invalidante qu’ils n’ont pas réussi à contrôler par la biomédecine et par l’ayuveda."
Les ashrams sont aussi " un bon moyen de faire connaître la médecine siddha hors du Tamil Nadu lorsqu’ils sont développés par des figures charismatiques." Enfin, quelques manufactures envoient " des agents commerciaux prospecter les marchés extérieurs et s’informer de la législation, " en présentant les produits comme suppléments alimentaires ou nutraceutiques, ou diététiques, cosmétiques ou phytothérapiques. Mais pour cela, il faut respecter les normes indiennes, voire les normes ISO.
En définitive, la plupart des manufactures ne sont pas assez modernes pour pouvoir exporter. " Aussi, " l’association TASUDMA (Tamilnadu Ayurveda Siddha and Unani Drugs Manufacturers Association) envisage avec l’aide financière de Chennai Pharma Industrial Infrastructure Upgraduation Company (CPIIUC), de mettre à disposition des praticiens membres de l’association, un laboratoire de contrôle de qualité, qui leur éviterait de faire le lourd investissement rendu obligatoire par le texte (réglementaire), " ainsi qu’un centre d’informations.
D’après la communication de Brigitte Sebastia : " Une thérapie en voie de passer les frontières. L’avenir de la médecine siddha." 3ème Congrès du Réseau Asie - IMASIE. septembre 2007, Paris.