Les professionnels de santé et la vaccination
novembre 2011, par serge cannasse 
Bien que la couverture vaccinale des professionnels de santé soit un enjeu de première importance, il n’existe aucune étude nationale sur le sujet. Quelques sondages et des études locales permettent de s’en faire une idée assez précise et de donner des indications sur ses facteurs favorisants ou contrariants. La situation est contrastée selon qu’ils exercent en établissement hospitalier ou en ambulatoire.
Hospitaliers : un contraste fort entre vaccinations obligatoires et recommandées
L’étude VaxiSoin est une enquête par entretiens en face-à-face menés auprès de 452 professionnels de santé dans 35 établissements de soins et complétés par des données recueillies auprès des médecins du travail. Elle a inclus 183 médecins, 110 infirmières, 58 sages-femmes et 101 aides-soignantes. Leurs couvertures vaccinales étaient de 91,7 pour l’hépatite B, 95,5 % pour le rappel DTPolio et 94,9 % pour le BCG. Mais elles étaient de seulement 11,4 % pour le rappel décennal de vaccin anticoquelucheux, 49,7 % pour au moins une dose de vaccin contre la rougeole, 29,9 % pour le vaccin contre la varicelle et 25,6 % pour celui contre la grippe.
Ces résultats montrent qu’à l’hôpital, les couvertures sont globalement bonnes pour les vaccinations obligatoires, mais très insuffisantes pour les vaccinations recommandées. Il faut noter que les couvertures de ces dernières sont plus élevées chez les soignants jeunes pour la rougeole et la coqueluche et chez ceux qui travaillent en pédiatrie et maternité pour la grippe et la coqueluche. Le taux pour l’hépatite B témoigne de réels progrès : en 2005, un sondage montrait que seulement 60 % des médecins recommandaient le vaccin.
On peut se faire une première idée de l’impact de l’épidémie de grippe A/H1N1 grâce à un travail mené aux Hospices civils de Lyon. Pendant la campagne 2009-2010, le taux de vaccination des professionnels de santé y a été estimé à 54,3 %, contre un taux moyen de 17 à 20 % pour la grippe saisonnière les autres années. Les médecins se sont vaccinés plus volontiers que les personnels non médicaux (86,3 % versus 56,2 %). Mais en 2010-2011, le taux de vaccination contre la grippe saisonnière (le vaccin contenait la souche A/H1N1) s’est effondré à 10 % chez les professionnels de santé.
Des généralistes plutôt favorables à la vaccination
La DREES a piloté une enquête téléphonique menée auprès de 1 431 médecins généralistes en juin 2010 à propos de la vaccination contre la grippe, avec le concours des ORS (Observatoire régional de la santé) et des URPS (Unions régionales des professions de santé) de trois régions (Bourgogne, Pays de la Loire, PACA). Parmi eux, 72 % ont déclaré s’être faits vacciner contre la grippe saisonnière trois années de suite depuis l’hiver 2007-2008 et 81 % au moins une fois. Ces chiffres sont un peu plus élevés que ceux estimés habituellement. Ils ont été 67 % à déclarer qu’ils avaient été d’accord avec la vaccination en priorité des professionnels de santé en juillet 2009, avant la pandémie de grippe A/H1N1. Les trois quarts d’entre eux n’ont pas changé d’opinion ensuite ; elle est devenue favorable chez 23,4 % des réticents et défavorables chez 23,7 % de ses partisans.
L’importance majeure de la vaccination régulière contre la grippe saisonnière
En définitive, six médecins sur dix se sont faits vacciner pendant l’hiver 2009-2010. Les auteurs de l’étude notent que « le facteur le plus fortement associé à la vaccination pandémique des médecins généralistes est la vaccination personnelle régulière contre la grippe saisonnière. » En ce qui concerne les médecins hospitaliers, il faut là aussi se baser sur l’enquête menée aux Hospices civils de Lyon (HCL). Après un démarrage plutôt lent, le nombre de personnels se faisant vacciner a brusquement augmenté avec l’apparition des premiers cas graves de grippe A, admis en réanimation et/ou décédés : 60 % des soignants vaccinés l’ont été dans une période de 3 semaines. Les principales raisons invoquées étaient la protection des proches (82,4 %), de soi-même (65,8 %) et des patients (57,1 %).
Chez les généralistes, les facteurs de réticence à la vaccination pendant la pandémie étaient les contradictions des informations diffusées par les médias, le manque de confiance dans les pouvoirs publics, la faible gravité de l’épidémie, le manque de données fiables sur l’efficacité du vaccin et la crainte des effets secondaires. La majorité d’entre eux déclare avoir construit leur point de vue à partir des revues médicales (83 %), des sources d’information officielles (74 %), des organismes professionnels ou réseaux de médecins (73 %) et de la presse médicale et des sites internets en français (72 %). Les freins à la vaccination sont vraisemblablement les mêmes chez les professionnels exerçant en établissements de soins.
La couverture vaccinale contre la grippe des professionnels de santé français a longtemps été dans la moyenne du monde occidental : en Europe, elle oscillait entre 15 et 25 %, dans les pays anglosaxons (USA, Canada, Australie) entre 51 et 73 %. D’après Bruno Lina, directeur du centre de référence sur la grippe à Lyon, la vaccination antigrippale pratiquée par les médecins généralistes a retrouvé son niveau d’avant la pandémie A/H1N1. Un généraliste pratique en moyenne 150 vaccinations antigrippale de fin septembre à début décembre, soit 3 par jour ouvrable.
Cet article est la version actualisée de celui paru dans la Revue du praticien médecine générale - supplément "Vaccination", soutenu par le LEEM, septembre 2011.
Photo : Florence, 2011 © serge cannasse