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Aides-soignants : une mine d’informations sur les malades
 
Macrez Pascal
février 2010, par serge cannasse 

Parce qu’ils déshabillent les malades et sont à leur écoute, les aides soignants détiennent une foule d’informations sur les patients qu’ils ont en commun avec le médecin. Ils ne demandent qu’à les partager pour peu que celui-ci fasse le premier pas, explique Pascal Macrez, président de l’Association pour la Promotion des Aides-soignants et aujourd’hui consultant-formateur.

Quel est le rôle d’un aide soignant ?

Il est d’assister les infirmières. Les soins qu’ils exercent sont toujours délégués par celle-ci ; ce sont essentiellement le nursing, la mobilisation du patient et éventuellement des conseils éducatifs à lui donner. Ils ne peuvent pas effectuer les actes prescrits à l’infirmière par le médecin comme, par exemple, une injection ou un pansement. C’est ce qui explique l’opposition des associations et organisations infirmières à la possibilité pour les aides-soignants de devenir infirmiers grâce à la VAE (Validation des acquis de l’expérience) : leur métier ne leur permet pas d’acquérir les compétences nécessaires, sauf à pratiquer un exercice illégal ! En résumé, le travail d’aide soignant est un travail infirmier délégué, mais non prescrit par un médecin. Il faut ajouter que plus de 90 % d’entre eux (elles !) sont des femmes.

Comment sont ils formés ?

Ils ont une année de formation, qui correspond à la première année d’école d’infirmières. Le niveau scolaire de la majorité des aides-soignantes est inférieure au Bac. Cela s’explique par leur histoire. En effet, quand le diplôme d’État d’infirmier a été créé par la Fonction publique, dans les années 50, beaucoup de femmes n’avaient pas le niveau d’éducation nécessaire pour l’acquérir, ou n’avaient pas les moyens de poursuivre un cursus scolaire pour cela. Il a donc été décidé de créer la catégorie d’aide-soignant pour les reclasser. La mesure devait être temporaire. Mais des organisations syndicales y ont vu l’opportunité d’une promotion dans le corps soignant pour « le petit personnel ». De plus, le nombre d’aides soignants augmentant rapidement, il a finalement été décidé, en 1956, de leur donner un statut officiel, qui était de fait un certificat d’aptitude. Aujourd’hui, il s’agit d’un diplôme d’État.

De nombreuses aides-soignants ont autour de 50 ou 60 ans, mais le niveau scolaire des jeunes générations augmente, avec le recrutement de plus en plus fréquent de bacheliers ou de personnes ayant un niveau proche du Bac.

Cette profession n’existe pas à l’étranger ?

Quelques pays ont copié le modèle français, comme par exemple, la Suisse et la Belgique. Aux Etats-Unis, c’est un personnel très sous-qualifié qui fait les soins de nursing, sans reconnaissance professionnelle particulière.

Existe t’il des spécialisations ou des compétences expertes ?

Pas à proprement parler. Mais du fait de leur année de formation, très complète, les aides soignants peuvent prendre en charge les nursings associés à tous les types de pathologies. On les trouve donc dans tous les secteurs du système de soins. Beaucoup développent des compétences du fait de leur expérience dans un service particulier, par exemple, les aides soignants des urgences, qui participent à l’évaluation des patients aux côtés des infirmières et des médecins. Dans certains services, ils ont des fonctions de coordination de certaines tâches de l’équipe.

Les aides soignantes exercent elles seulement à l’hôpital ?

Non, pas du tout. Beaucoup exercent en ville, avec un statut de salariées ; n’ayant pas de rôle propre, elles ne peuvent pas exercer en libéral. Elles vont être de plus en plus nombreuses hors hôpital, du fait du développement de l’HAD (hospitalisation à domicile) et des SSIAD (services infirmiers de soins à domicile). La plupart du temps, ces derniers sont composés exclusivement d’aides soignantes, l’infirmière ayant avant tout une fonction de coordination. Les médecins de ville, en particulier les généralistes, sont appelés à les rencontrer de plus en plus fréquemment.

Pensez vous que leur fonction doive évoluer ?

Oui, du fait que le rôle propre de l’infirmier a une place de plus en plus importante, le travail délégué va l’être aussi. Mais il faut y réfléchir soigneusement, parce que c’est à double tranchant : il peut être tentant de leur déléguer certains actes pour pallier la pénurie d’infirmières, plutôt que de renforcer la formation de celles-ci, en nombre et en qualité.

Pourquoi cette profession est elle si peu reconnue ?

Elle vit dans l’ombre de la profession infirmière. De plus, du fait de leur âge et de leur formation, de nombreuses aides soignants ont du mal avec l’expression orale et écrite publiques. Alors qu’il y a pléthore d’organisations pour les infirmières, il n’y a que 4 associations d’aides soignants et elles recrutent très peu. C’est pourtant une profession ayant presque 450 000 personnes, chiffre qui devrait passer à 600 000 en 2015, soit plus que les infirmières. Cela pose un problème de représentativité, qui n’est pas réglé par les syndicats traditionnels, qui se préoccupent légitimement des questions de salaires, d’évolution de carrière, etc, mais peu de l’évolution des actes professionnels. Le Conseil des professions paramédicales n’invite les associations d’aides soignant à participer à ses travaux que lorsqu’il aborde un sujet les concernant directement.

C’est dommage, parce que les aides soignant apportent quelque chose de fondamental. Dans les soins de nursing, elles passent beaucoup de temps auprès des patients, en moyenne une demi-heure, c’est-à-dire bien plus qu’une infirmière. Elles ont donc des interactions très riches avec eux et de ce fait, recueillent de très nombreuses informations sur leur histoire, celle de leur maladie, leur situation, etc. De plus, elles déshabillent les patients, elles sont donc en mesure de détecter des signes cliniques qu’un médecin ne remarque pas parce qu’il ne prend presque plus jamais le temps de regarder tout le corps de son malade.

Enfin, je pense que les aides soignants remplissent une fonction que les infirmières abandonnent peu à peu, à cause de leurs conditions d’exercice de plus en plus difficiles et du raccourcissement des durées de séjour hospitalier : celle du soutien. Je sais bien qu’il s’agit d’un rôle que les infirmières revendiquent fortement, mais dans la réalité, elles ont de plus en plus de mal à le tenir. Je veux d’ailleurs ajouter qu’aujourd’hui, il est heureux que les aides soignants soient présents pour ce temps passé auprès du patient à le réconforter, le soulager, pour tout ce travail qui n’est ni mesurable, ni monnayable. Cela est particulièrement évident dans la prise en charge de la douleur. Il faut bien avouer que les échelles d’évaluation sont en réalité très peu utilisées dans les services. Mais quand un aide soignant mobilise un malade pour un soin, il voit tout de suite s’il a mal ; bien souvent, la douleur n’a pas été détectée parce que le malade ne bouge pas ! L’aide soignant a ici aussi un rôle d’alerte important.

Tout cela pourrait être davantage exploité.

Ça ne l’est pas du tout ?

Tout dépend du cadre de santé responsable du service. Certains valorisent le travail de tous les soignants, en les incitant à écrire ce qu’ils ont remarqué, à en faire des synthèses ou à le rapporter au cours des réunions.

Je pense qu’il faudrait mieux former les aides soignants sur au moins deux points : la détection de signes cliniques encore minimes, pour faire un travail d’alerte et de prévention ; pour l’écoute des malades, qui est une part importante de leur métier, qu’ils n’apprennent que par l’expérience et la bonne volonté. Il n’y a pas qu’elles, d’ailleurs. Si on prenait la peine de les écouter, on serait surpris des confidences que recueillent les auxiliaires de vie et les agents d’entretien.

Les aides soignant ne discutent pas avec les médecins ?

Très peu. Il faut bien comprendre que la différence de statut social est très intimidante pour eux, d’autant que leur statut est très peu valorisé et que la plupart ont la cinquantaine et sont loin du niveau d’instruction des médecins. La discussion ne peut se faire qu’à l’initiative de ceux-ci. C’est à eux de faire le premier pas.

C’est le conseil que vous leur donneriez ?

Tout-à-fait, y compris aux généralistes. Les aides soignants détiennent une foule d’informations sur les patients qu’ils ont en commun. Ils ne demandent qu’à les partager. Mais la plupart n’oseront pas commencer le dialogue. C’est au médecin de le faire.

Voir aussi : Études et résultats (DREES), numéro 540 (novembre 2006)  : Les étudiants en formation paramédicale en 2004 (document pdf).




     
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3 Messages de forum

  • Macrez Pascal

    23 février 10:57, par Jean-Pascal Devailly
    Je partage ce qui est dit et vous donne le point de vue d’un médecin de médecine physique et de réadaptation responsable d’unité en même temps que celui d’un musicien de jazz qui sait ce qu’est un "collectif professionnel". Que serait en effet le Miles Davis Quintet sans son pianiste et son batteur ? Et Dieu sait que ces musiciens savent parfaitement "s’écouter" en jouant pour un objectif partagé et au delà de tout "gradient d’autorité". L’aide-soignant a un rôle fondamental dans l’équipe clinique à plus d’un titre. Au delà de l’aspect relationnel qu’il nous faut tous prendre le temps de ne pas négliger, la flexibilité /polyvalence /mutualisation demandée aux infirmières comme aux aides-soignants dans les nouveaux modèles d’ingénierie des soins imposés d’en haut à nos hôpitaux mettent en danger tous les patients en perte d’autonomie. Quand les kinésithérapeutes se raréfient, sacrifiés par les logiques d’EPRD et de masse salariale, que les autres soignants, souvent de passage, et conçus comme interchangeables défilent au lit des patients sans pouvoir prendre le temps de les connaître au delà du simple geste technique qu’ils doivent réaliser, le dernier rempart avec les familles contre la perte d’autonomie, la précarisation fonctionnelle, les complications et le handicap surajouté liés à l’immobilisation, contre la maltraitance qui résulte du défaut de soins à une personne qui n’est plus sortie de son lit quand il le faudrait c’est l’aide-soignant. Mais au delà de ce rôle déjà crucial, c’est en effet lui qui connait et peut le mieux décrire si on lui en laisse l’opportunité, par exemple dans des réunions de synthèse clinique, l’autonomie réelle du patient en situation de vie quotidienne au moins dans l’unité de soins (toilette, habillage, transferts, alimentation, communication, utilisation des sanitaires, etc.). Ainsi l’aide-soignant est bien partie prenante légitime de la prévention, des soins, de la réadaptation et de l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie quel que soit l’âge. JP Devailly CHU Avicenne Bobigny

    Voir en ligne : Blog de Jean-Pascal Devailly

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  • Macrez Pascal

    18 mars 15:14, par ZERE
    Bonjour Monsieur, Votre idée de ce genre de conception est assez paradoxale car nous sommes tous à cours terme appeler à devenir une personne dépendante" l’accident,la maladie & bien entendu la vieilesse" & alors sera venu le temps de dépendre d’une aide à domicile.Le rôle de cette personne habilitée se résume à la responsabilité de l’aide à domicile permettant de pouvoir retrouvé un peu d’autonomie & non de connaitre son dossier médical,dans ce genre de reflexion que devient le droit du secret médical & la chartre du patient ?Cette réflexion releve de l’obsolécence & de l’atteinte à la personne & de sa dignité.M MASSON

    Répondre à ce message

    • Macrez Pascal 19 mars 14:36, par serge cannasse

      Voici la réponse de Pascal Macrez, insérée à sa demande :

      "il ne faut pas confondre aide-soignant et aide à domicile, ce sont deux métiers différents. L’aide-soignant est un soignant qui fait partie de l’équipe de soins et à ce titre, il a un accès au dossier de soins, partage et complète les données avec les autres membres de l’équipe. Il est tenu comme les autres professionnels du soin au respect du secret professionnel et à la confidentialité."

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