Moksha et Ladli : une exposition de Fazeil Sheikh à la Fondation Henri Cartier-Bresson
mai 2007, par serge cannasse 
« Ladli » succède à mon précédent livre, « Moksha », où je m’intéressais à l’existence de certaines femmes en Inde, qui, une fois veuves, se trouvent abandonnées et dans certains cas maltraitées par leur famille, de sorte qu’elles quittent leur foyer et partent, comme des centaines de milliers de veuves indiennes avant elles, pour la ville sainte de Vrindavan. Là, elles consacrent le restant de leurs jours au culte de leur dieu Krishna. Les histoires que ces femmes m’ont racontées – sur leur mariage alors qu’elles étaient encore enfants, sur les sévices infligés par leur mari, qui les quittait parfois, les mauvais traitements de la part de leur belle-famille, la disparition du respect de soi, la perte de leurs droits juridiques et économiques – tout cela m’a montré la vulnérabilité des femmes dans la société indienne traditionnelle. J’ai compris que, même aujourd’hui, alors que l’Inde rejoint rapidement le groupe des nations les plus évoluées du monde, depuis leur conception, leur sexe même
transforme de nombreuses femmes en victimes potentielles d’un système patriarcal qui entérine tacitement leur exploitation, les mauvais traitements qu’elles endurent, voire leur mort. (...) Quand je lis dans la presse les louanges adressées à l’Inde pour son entrée miraculeuse sur la scène économique mondiale, je m’interroge sur l’avenir des femmes dans un pays qui avance très vite vers un avenir glorieux. "

" Dans la société indienne traditionnelle, une fille est parfois un fardeau ; sa famille devra constituer une dot importante pour qu’elle se marie - bien souvent dès l’enfance - et qu’elle intègre ainsi de façon digne la famille de son époux. A cause de cette coutume onéreuse, les fillettes doivent bien souvent endurer dès la naissance des sévices inimaginables et souvent, l’abandon dans un orphelinat. Mais surtout, avec les techniques modernes d’investigations prénatales, l’avortement des fœtus de filles s’est multiplié : « Dépensez cinq cents roupies aujourd’hui, économisez-en cinquante mille demain », allusion aux économies réalisées par une famille grâce à l’avortement du fœtus, en évitant ainsi le coût d’une dot, indispensable
pour marier une fille. Fazal Sheikh a pu travailler avec diverses organisations indiennes qui lui ont permis de rencontrer des fillettes et des adolescentes, pour recueillir leurs témoignages. " (extrait du dossier de presse)

Né à New York en 1965, diplômé de Princeton en 1987, Fazal Sheikh a toujours travaillé avec des populations déplacées - en Afrique de l’est, au Pakistan, en Afghanistan, au Brésil, à Cuba et récemment, en Inde. Son grand-père, Sheikh Fazal Ilahi, est né en 1900 dans la région du nord de l’Inde devenue le Pakistan en 1947 ; son père, Abdul Majied Sheikh au Kenya en 1941. Cette lignée familiale a conduit Fazal Sheikh à enquêter sur trois continents. Sur place, il a tenu à partager le quotidien difficile de réfugiés, pour la plupart victimes de guerres civiles, ou des communautés mises au ban de leur société. Il a travaillé au Pakistan avec des groupes de réfugiés Afghans, au Soudan, en Ethiopie, en Somalie, puis en Inde pour ses deux derniers essais.
Fazal Sheikh a reçu le Prix Henri Cartier-Bresson en 2005 pour son essai « Moksha ». Il a
également reçu le Grand prix du dialogue de l’humanité des Rencontres d’Arles, l’Infinity Award, la Leica Medal of Excellence, le Ruttyenberg Award, et le Ferguson Award.
Exposition du 10 mai au 26 aôut 2007. Fondation Henri Cartier-Bresson 2, impasse Lebouis 75014 Paris (métros Gaîté - Edgar Quinet)