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Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison
février 2012, par serge cannasse 

A suivre son président, Didier Borniche, l’Ordre infirmier est sorti de réanimation néonatale, entame sa convalescence et devrait atteindre l’âge de raison dans 7 ans. Avec des ambitions nettement plus modestes que celles de ses premiers promoteurs et dans une démarche résolument « légaliste ». La conversion au pragmatisme donne de sérieuses chances de réussite à ce projet. Et aligne l’Ordre infirmier sur les autres Ordres.

Didier Borniche s’est positionné dès le début de la conférence de presse donnée le 26 janvier et attendue depuis longtemps : il s’inscrit dans une démarche « résolument légaliste », et pas dans « les discussions sur le pourquoi de l’Ordre. » Exit donc les états d’âme sur l’identité et la reconnaissance de la profession infirmière : la loi s’en est chargée et a donné des missions précises à l’institution. Mais ses deux premières années se soldant par une dette de plus de 11 millions d’euros, en a-t-elle les moyens ? Son président a reconnu que son mode de fonctionnement est « difficile, dégradé. » Il a fallu négocier la dette, licencier (l’équivalent de 42 emplois temps pleins), fermer des locaux (regroupement de la plupart des conseils départementaux au sein des conseils régionaux) et diminuer drastiquement les frais de fonctionnement. En somme, admet Didier Borniche, « nous faisons maintenant ce par quoi nous aurions dû commencer. »

250 000 cotisants dans 7 ans ?

Car les seules ressources de l’Ordre sont les cotisations. Or bonne surprise ! malgré les remous, elles ont continué à rentrer et le nombre de cotisants à augmenter. Il est aujourd’hui aux alentours de 90 000. C’est sur ce nombre que le plan de retour à l’équilibre financier a été établi. Mais la leçon des derniers mois ayant porté ses fruits, c’est aussi sur lui que le plan de pérennisation de l’institution a été construit. Pour les membres du Conseil national, il est peu probable qu’il baisse. Résultat : les finances devraient être assainies dans 7 ans, même s’il n’y a aucune adhésion supplémentaire.

Or le président estime qu’à cette échéance, le nombre des cotisants sera aux alentours de 250 000, soit environ la moitié de l’effectif infirmier actuel. Son optimisme repose sur deux arguments. Le premier est qu’une bonne partie des infirmières actuelles sera partie à la retraite, celles précisément qui n’ont pas l’habitude de cotiser et n’en voient pas l’intérêt. En revanche, les jeunes diplômées et celles qui se préparent à l’être se poseront nettement moins de questions sur le pourquoi d’un Ordre qui fera partie de leur paysage. Il faudra certes renforcer le travail de persuasion, mais les membres du Conseil national sont confiants.

Ordre, guichet unique des infirmières pour s’inscrire au RPPS

Surtout, second argument, l’Ordre serait chargé par l’ASIP santé (Agence des systèmes d’information partagés) du guichet unique chargé d’inscrire les infirmières au RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé), qui remplacerait le fichier Adeli dont on connaît les lacunes. L’Ordre deviendrait ainsi incontournable. D’après Didier Borniche, l’objection sur l’absence de décret imposant la cotisation ne tiendrait pas : la loi HPST est suffisamment claire sur le sujet. Le récent procès en appel gagné par l’Ordre des masseurs kinésithérapeutes contre une professionnelle qui avançait cet argument lui donne pour l’instant raison (communiqué de presse du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes en date du 27 janvier 2012).

L’Ordre infirmier semble donc sauvé, ce qui n’allait pas de soi il y a encore quelques semaines. Il se recentre sur des missions semblables à celles dévolues aux autres ordres : lutte contre l’exercice illégal, aide juridique, avis sur la formation continue (le DPC prévu par la loi HPST et en cours de constitution), collaboration avec la HAS sur les protocoles infirmiers, surtout ceux concernant les coopérations interprofessionnelles, et travaux avec les autres ordres et les autres institutions de santé. Le code de déontologie est en cours de réécriture “ pour tenir compte des évolutions du système de santé ” et sera présenté de nouveau au ministère. En somme, l’Ordre infirmier est devenu modeste : son ambition pour la profession est sa reconnaissance par l’inscription dans le paysage institutionnel tracé par les ordres plus anciens. Remis en état de marche, c’est en avançant un pas après l’autre que se construira l’identité infirmière à la française, pour l’instant bien éloignée du modèle québecquois qui inspire d’autres ordres francophones.

Voir aussi sur Carnets de santé : Ordre infirmier : les raisons d'un fiasco

photo : Kérala (Inde du sud) © serge cannasse




     
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9 Messages de forum

  • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison

    10 février 2012 22:28, par moutarde

    Je ne vois vraiment à quelle démarche pragmatique cet article fait allusion étant donné que l’ordre infirmier est et reste dans le déni le plus profond sur ce qui est essentiel à sa survie mais absent ; à savoir l’acceptation par la grande majorité des IDE de sa pseudo représentativité qu’il veut nous imposer coûte que coûte.

    A ceci s’ajoute bien évidemment à la fronde interne de plus en plus marquée et apparente, la coalition anti-ordinale qui regroupe le Ministère (un coup oui, un coup non, élections obligent), ses différentes représentations, les syndicats dont 3 libéraux et globalement la presse professionnelle qui dresse un constat objectif et donc forcément sévère sur le bilan de l’ordre infirmier avant mais aussi depuis “l’avènement” de son nouveau président. Le bilan des actes, le bilan de la gestion, le bilan des missions (devoirs), le bilan financier bien que toujours pas d’audit public de l’exercice comptable ordinal 2011-2012, le bilan moral…etc.

    Par ailleurs, négociée ou pas…, la dette n’a pas été effacée et les licenciements ou conventions de départ volontaire dans le cadre du plan social pas encore actés. Enfin, nombre de cdoi font de la résistance pour confier les clés de leur résidence et migrer au sein des croi.

    Tout ceci constitue des dettes à rajouter à la reconnaissance plus ou moins consentie (en l’absence d’audit public comptable...) du bout des lèvres ou du stylo de la dette existante et celles à venir concernant d’autres nombreux postes.

    L’analyse du président (250 000 cotisants dans 7 ans) de l’ordre infirmier est intéressante pour ne pas dire “amusante” compte tenu qu’elle se résume à tabler d’une part sur le départ en retraite des opposants… et d’autre part sur l’absence de processus réflexif (dont pourtant on nous rabat les oreilles depuis le petit déjeûner jusqu’au coucher en passant par nos nuits…) des future(e)s diplômé(e)s et licencié(e)s infirmier(ère)s.

    Par ailleurs, que les conseillers nationaux soient confiants ou pas et à moins que d’autres décrets contreversés ne voient le jour en remplacement de la stricte application de Droit de la Démocratie, dans l’intervalle [aujourd’hui-7ans], des élections (qui ont un coût non négligeable…) devraient en principe être organisées avec bien sûr un nombre de conseillers au prorata du nombre d’IDE inscrits.

    Enfin, en ce qui concerne les kinés, probablement qu’ils viendront exercer leur droit de réponse quant à la judiciarisation des affaires en cours et la comparaison de nos professions.

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    • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison 11 février 2012 11:56, par serge cannasse

      Le présupposé classique des partisans de l’Ordre était l’adhésion des infirmières à une institution qui permettrait leur reconnaissance. Celui des opposants à l’Ordre est diamétralement opposé : il table sur le refus des infirmières d’adhérer à un Ordre qui les contraint. D’un côté adhésion, de l’autre rejet. Ce qui m’a frappé dans la dernière conférence de presse du Conseil national, c’est le recours à une troisième voie, celle de la conformité. Exit les discussions sur le bien fondé ou pas de l’institution : le présupposé est que la majorité des infirmières y est étrangère et qu’elle se conformera à une obligation légale, plus ou moins vite et d’autant plus vite que les intéressées sont jeunes, donc auront tendance à trouver "normales" l’inscription et la cotisation. Au regard de ce qui se passe avec les ordres plus anciens, notamment ceux des médecins et des pharmaciens, auxquels la majorité des professionnels concernés ne semble pas particulièrement attachée et ne vote pas en masse à leurs élections, mais cotise quand même, je pense que le calcul n’est pas mauvais. Je pense de plus que fonder la stabilité de l’Ordre sur le nombre de cotisants actuels n’est pas idiot non plus. Tout ceci est très "pragmatique" et bien éloigné du débat d’idées, c’est ce que je voulais dire.

      Les difficultés que vous soulignez sont bien réelles, mais difficiles à documenter. J’en ai quelques témoignages, mais rien de suffisamment consistant pour en dresser un tableau général. Je doute pourtant qu’elles suffisent à miner l’Ordre jusqu’à ce qu’il s’effondre. Bien entendu, je peux me tromper. L’avenir dira qui a raison.

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      • L’ordre n’a pas besoin d’adhesion pour survivre, il a besoin de cotisation. Même en tablant sur l’adhésion de chaque nouveau DE d’ici 7 ans, l’ordre va surtout se retrouver à la tête d’un gouffre qui fera passer celui de la sécu pour un simple nid de poule.

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        • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison 13 février 2012 06:06, par serge cannasse
          C’est précisément l’habileté de la direction actuelle de l’Ordre d’évacuer les discussions sur le pourquoi de l’institution (ici adhésion doit être pris au sens de "adhérer à l’idée de l’utilité de l’Ordre") au profit d’une démarche "légaliste" (c’est elle qui le dit) réglant le problème crucial du financement, donc des cotisations. Quant au futur "trou", encore une fois l’avenir nous dira si le calcul de la direction est juste ou pas, mais de là à ce qu’il atteigne le déficit de la Sécu ... faites un tour du côté des chiffres :-)

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      • Ordre infirmier : pour quoi faire ? ? ? 11 février 2012 17:28, par Jéricho
        Pourquoi prôner l"Ordre Infirmier ? Partisan naïf ou avide de pouvoir ? Il est noitoire que l’Ordre ne SERT A RIEN ! Ses "missions" viennent se substituer à celles du service public (gestion du fichier ADELI), l’éthique ? n’en parlons pas, il n’y a AUCUNE MORALE entre les membres du bureau eux-mêmes...., il ne reste que le disciplinaire autrefois géré par l’Ordre des médecins, mais qui fait dix fois plus de dégâts aujourd’hui parmi les collègues IDE, notamment par la position de roitelets départementaux omnipotents et imbus de leur personne (45-77-92-93) pour n’en citer que quelques uns... Mais ici il n’est plus question d’honnêteté mais de machiavélisme politicard... Bref tout ce que 400.000 IDE détestent à ce jour...

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        • Ordre infirmier : pour quoi faire ? ? ? 13 février 2012 05:49, par serge cannasse

          Je ne comprends pas votre phrase "partisan naïf ou avide de pouvoir ?" S’agit-il de moi ?

          Par ailleurs, votre remarque sur la délégation de pouvoirs de l’État vers l’Ordre est tout-à-fait pertinente. Je pense même qu’il s’agit d’une des raisons (mais la seule et sans doute pas la principale) pour que le gouvernement actuel se soit décidé à finalement soutenir l’Ordre. Cette délégation fait partie d’un mouvement vieux de trente ans, qui a donné lieu à la création de nombreuses agences, en santé comme ailleurs, qui n’est pas seulement français, loin de là, et qui s’incarne chez nous dans la RGPP. Un courant de pensée critique effectivement l’abandon du tout État, un autre le soutient tout en regrettant la forme qu’il prend en France (notamment bureaucratique et laissant le pouvoir aux médecins).

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      • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison 11 février 2012 20:38, par moutarde

        Il y a les ordres professionnels et cet ordre.

        Il faut donc s’attacher à comparer ce qui est comparable en ce qui concerne les professionnel(le)s qui sont regroupé(e)s au sein d’un ordre ou qui devraient/pourraient l’être au regard de la loi. Par exemple, mais il y en a d’autres, le salariat est le statut majoritaire des IDE, ce qui n’est pas le cas des autres professions ordrées qu’ils/elles soient (para) médicales ou non.

        Le bien-fondé ou pas de l’institution n’est sorti du discours du 26 janvier que par la volonté du président ce qui me semble bien pauvre et insuffisant compte tenu que son seul but est que les professionnel(le)s jeunes ou moins jeunes détournent leur regard de la genèse de l’ordre infirmier dont il n’y a pas lieu d’être fier.

        Par ailleurs, un échange aurait pu faire suite à cette conférence de presse. Mais là, à l’évidence c’est encore d’un monologue dont il s’est agit.

        Enfin, il semblerait que je ne porte pas le même regard que vous sur la jeunesse en général et nos enfants, ainsi que de leur supposé désir de conformité et de normalité. En particulier, si l’on pré-suppose qu’ils sont un peu de ce que nous sommes.

        Donc pour l’instant, tout le monde comprend que l’ordre est plus proche de ses propres préoccupations financières voire personnelles (vu la personnalité de la structure) que de celles des IDE et beaucoup constatent la piètre qualité des interventions/communications déclinées à la presque virgule près sur tous les site @ des cdoi/croi…

        Quant à la démarche participative et la transparence, elles sont toujours aussi inexistantes.

        Enfin que dire du bilan ?

        Alors, effectivement l’avenir nous le dira.

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        • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison 13 février 2012 05:59, par serge cannasse
          Juste un mot sur la conformité : merci de ne pas faire à ma place une généralisation que je ne fais pas. Je n’ai jamais dit, écrit ou pensé que "la jeunesse" a un désir de conformité ou de normalité. J’ai écrit que la direction actuelle de l’Ordre table sur le fait que la plupart des jeunes infirmières se conformeront à l’obligation d’inscription et de cotisation, ce que j’ai effectivement appelé une démarche de conformité et ce qui est bien différent de l’opinion que vous me prêtez. La différence fondamentale entre votre point de vue et le mien est que vous pensez que les professionnelles s’opposent à l’Ordre (ce que vous appelez une démarche réflexive dans votre commentaire précédent, alors qu’on peut réfléchir et avoir un point de vue opposé) et que je pense que la majorité d’entre elles n’en a tout simplement rien à fiche ! Pour le reste, je ne crois pas être si éloigné que ça de vos positions ...

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          • Ordre infirmier : 7 ans pour arriver à l’âge de raison 13 février 2012 21:50, par moutarde

            En effet et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Le présupposé n’émane pas de vous mais est ordinal. Ce qui dénote d’une structure pyramidale et donc du peu de respect et de considération pour la "base" si votre interprétation est juste.

            Par contre, je me suis mal exprimée et/ou vous m’avez mal comprise ; j’essayais d’expliquer que tabler sur "se conformer sans se poser de questions" ou "trouver normal parce que cela existe", c’est antinomique avec la démarche réflexive que l’on attribue aux futur(e)s DE post réforme mais dont on dépossède à demi mot et de façon très hypocrite les ancien(ne)s DE.

            Pour le reste, je suis d’accord.

            Cela dit, un certain nombre d’opposants à cet ordre infirmier, de la 1ère heure ou pas, font preuve d’une capacité réflexive alors que souvent les « pro » (initiateurs, adhérents ou sympathisants), dans les faits, se contentent d’un rappel à la loi.

            Par ailleurs, les derniers communiqués ordinaux officiels (ou pas) ne font pas honneur à leur intelligence...

            Répondre à ce message

 
     
   
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