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Perdue je suis
janvier 2010, par Chauvancy Marie-Claire 

Qu’on juge les réformes hospitalières utiles ou non, la rapidité avec laquelle elles s’imposent empêchent aux acteurs de se les approprier. Sont en cause l’absence de moyens, qui n’est pas forcément le problème fondamental, l’absence de projet clairement défini et le jeu des pouvoirs au sein des établissements. Le changement passe par celui des mentalités. Il ne dépend pas seulement de réformes au coup par coup du système de soins, mais d’une transformation en profondeur de l’ensemble de la Fonction publique.

Qu’il est difficile de ne pas se perdre dans toutes ces réformes qui chamboulent le fonctionnement hospitalier, sa structure, sa hiérarchie, ses jeux de pouvoir, ses relations interprofessionnelles.

Il y avait avant

Avant ce jeu du « chamboule tout », les règles du fonctionnement hospitalier étaient posées, claires, immuables. Très réconfortant la permanence. Le statut régnait en maître sur la pyramide bureaucratique hiérarchique.

Certes, cette approche de bureaucratie rigide n’invitait guère à l’éclosion de nouveaux talents : combien de rebelles ont intégré le rang, battus par cette force d’inertie !!! Puis la nécessité du contexte environnemental a poussé l’hôpital « vieille dame trop digne » à entamer un lifting de bon aloi.

Les différentes réformes hospitalières, censées dépoussiérer cette vieille dame pour la rendre la rendre plus attrayante et menées tambour battant, ont fait plus qu’un petit toilettage. A force de réformes vites imposées, les temps de l’appropriation par les professionnels et de l’évaluation ont été zappés. Les nouvelles règles à peine posées ont été effacées par d’autres et encore d’autres à un rythme soutenu.

D’un coté on donne de l’autonomie, de la responsabilisation (ordonnance N °2005-406 du 2/05/2005), de l’autre on recentralise (loi HPST). Force est de constater qu’aujourd’hui , la seule chose qui soit bien posée à l’hôpital, c’est la permanence du changement. Tout va vite, beaucoup trop vite. Il semblerait qu’il y ait mariage entre vitesse et précipitation. Comment peut on bâtir sur du vite fait ?

Un changement est nécessaire

Je ne remets pas en cause toutes ces réformes, bien au contraire : l’hôpital souffrait d’une rigidité qui l’empêchait de s’adapter aux évolutions de son environnement. L’efficience, la délégation de gestion, la gestion de la qualité, des compétences, la responsabilisation sont des concepts qui me parlent. Des concepts forts qui devraient permettrent à l’hôpital de réussir sa mue. Cependant la chrysalide n’en est qu’à son balbutiement.

Oui mais

Pour la réussir, encore faudrait il que les moyens lui en soient donnés. Et là ! plus que dubitative, je suis. C’est là que je me perds. J’ai du mal à cerner la volonté politique de santé cachée derrière ce panel de réformes.

Réformer pour réformer est stérile. Réformer pour reconstruire est porteur d’espoir. Oui, mais construire quoi ? Et avec quels moyens ?

Si la volonté est de casser le système hospitalier d’assistance et de service public qui est le notre et de s’orienter vers la privatisation, pourquoi pas ? Mais que cela soit clairement dit. Rien ne peut être construit sur du flou. Construire des projets, demande d’avoir au départ un fil conducteur, un but. Si l’idée est de sauver notre système hospitalier, alors donnez nous les moyens pour !

Des moyens financiers peut être, encore que … ! La France est au bord de la faillite et je ne crois pas que cela soit fondamentalement le fond du problème. Des moyens humains, certainement. Le travail d’un professionnel de santé est difficilement quantifiable en terme de temps. Il faut être déconnecté du « terrain » pour associer un nombre d’infirmiers à un nombre de lits ouverts. Avec ce genre de raisonnement, la notion de qualité des soins prend un drôle de coup dans l’aile. Je comprends que les dépenses en personnels représentant une part plus qu’importante des dépenses d’exploitation hospitalières, environ 70% du budget, économiser dans ce secteur d’activité est vite visible en terme de résultat. Raisonnement à courte vue. Il me semble que ce ne soit pas le fond du problème.

Le fond du probléme

Le véritable problème vient d’une réforme de l’administration qui n’est pas effective. C’est le système du statut de la fonction publique qu’il faudrait révolutionner. C’est cela qui pourrait sauver notre système hospitalier. La rigidité du statut empêche l’évolution, la reconnaissance des compétences et de leur optimisation. Ce fameux statut, protecteur, car être fonctionnaire garantit un travail à vie, mais aussi bloquant et castrateur de talents.

Ne sommes nous pas dans une société moderne ou le mot « gestion des compétences » fait partie de la panoplie du parfait petit manager ? Gérer les compétences c’est tout à la fois les reconnaitre et les utiliser. Les utiliser, c’est déléguer, mais comment accepter de déléguer quand la délégation représente une perte de pouvoir ? Cette notion de pouvoir encore trop prégnante dans notre bureaucratie hospitalière pour faire sauter le verrou de l’immobilisme. Alors que faire ?

Changer

Changer les mentalités fonctionnaires si bien décrites par Courteline en s’appuyant sur une véritable réforme de la fonction publique serait peut être la solution. Pour reconnaître les compétences comme valeur ajoutée et non comme risque de perdre de son pouvoir. Changer les règles du jeu entièrement et non par ajustements au coup par coup.

Photo : Pise (baptistère de Nicolas Pisano - détail) © serge cannasse




     
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2 Messages de forum

  • Perdue je suis

    16 janvier 2010 13:00, par alexandre pariente, praticien hospitalier
    chère amie, d’ accord pour toute la première partie...mais pas du tout pour la suite. Les hôpitaux publics sont mal dirigés , et c’ est là leur principal défaut. ; ce n’ est pas un problème de "gouvernance" ou de statut, mais de compétence. Cette mauvaise direction (pas seulement une mauvaise gestion) tient probablement non pas au statut de fonctionnaire lui même (qui mériterait simplement d’ être simplifié) mais à la hiérarchie bureaucratique et à la (dé)formation initiale (l’ école de Rennes) et ultérieure des directeurs (avec la carotte et le bâton de la carrière). L’ esprit hiérarchique bureaucratique était pesant dans l’ administration (dont on se moquait), et qui a toujours tenu à garder dans son giron les surveillant(e)s,quitte à les renommer cadres (avec l’ assentiment hélas de nombre d’ entre eux-elles) pour les exclure le plus possible de la fonction soignante. Cette pesanteur bureaucratique l’ était beaucoup moins chez les soignants (ce terme inclut les médecins dans mon esprit !) eux-mêmes où la compétence reste la base de l’ autorité. Il n’ y a qu’à comparer les heures supplémentaires des administratifs et des soignants pour comprendre que ce n’ est pas le statut mais bien la fonction qui crée la motivation, la production et la qualité des soins. Tirer sur le statut des fonctionnaires, c’ est affaiblir encore les seuls producteurs de soins, et les rendre totalement soumis à la volonté directoriale (et donc à celle de l’ exécutif dont la bienveillance à l’ égard de l’ hôpital public n’ est pas la qualité principale...) ; il y a déja des exemples de travail précaire à l’ hôpital, des renouvellements mensuels de contrat de travail qui durent bien plus d’ un an ; le nouveau statut de "clinicien hospitalier" permet aux directeurs de jouer avec le recrutement des médecins sur des contrats à court terme ; n’ ayez crainte, les "nouveaux managers" feront rapidement mieux. Ne vous y trompez pas : le but des réformes actuelles n’ est pas d’ améliorer quoi que ce soit, mais de réduire les coûts de santé payés par la collectivité, et de transmettre le plus de choses possibles au secteur privé (le coût sera plus grand pour la collectivité mais n’ apparaîtra pas dans les comptes publics) qui se débrouillera avec la loi du marché. Si les réformes rendent l’ hôpital pire qu’ il n’ est, ce sera bien sûr de la faute de ses employés, et s’ il disparaît, tant pis. On gardera quelques "pôles d’ excellence" pour faire joli, un hospice pour les plus démunis,et basta.

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    • Perdue je suis 16 janvier 2010 17:33, par chauvancy

      Bravo pour la passion qui vous porte et que je partage .Cependant votre vision de la bureaucratie hospitalière est tintée de ressenti médical. Très sincèrement je ne crois pas que la formation des directeurs (Rennes) ne soit en cause. C’est le statut de la fonction publique que je remets en cause. Ce statut qui, quoi que l’on fasse prime sur la fonction et qui nous positionne en « soldat au garde à vous ».Et ce à tous les niveaux

      cette « pesanteur bureaucratique »pèse sur les soignants paramédicaux. Pour les médicaux je ne sais pas mais il me semble que vous avez eu, en votre temps, à gérer le mandarinat. Plutôt pesant me semble t’il.Le pouvoir de ces messieurs a fait beaucoup de mal .Plutot bloquant non ?

      Faire des heures n’est pas forcement fonction dépendante ni signe de compétence .Je ne crois pas , peut être que je me trompe, que la volonté soit de « tirer » sur les producteurs de soins mais il est vrai , qu’après une période de gabegie de dépenses de soins et de raisonnement « je sauve des vies » et « je ne compte pas » une nécessaire politique de maitrise de la dépense a du s’instaurer. C’est travailler ensemble qu’il faut maintenant et pour cela reconnaitre les compétences de l’autre .Reconnaitre c’est prendre en compte ! La fonction de cadre a évolué,heureusement( et mon combat est de la faire aller encore plus loin) .léloignement des soins permet une prise de distance .Ce recul est maintenant nécessaire pour faire tourner un service. IL permet une vision stratégique.Le cadre n’est plus dans le faire mais bien dans le faire faire. La profession infirmière est aussi passée un cran au dessus avec la reconnaissance LMD.

      Vous lire me fait comprendre qu’une vision d’un système est influencée par notre formation initiale et son histoire. Merci pour ce commentaire Cordialement MCC

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