Rapport Singly sur les cadres de santé : peut mieux faire
octobre 2009, par Chauvancy Marie-Claire 
Cadre de santé exerçant dans la fonction publique hospitalière, Marie-Claire Chauvancy a lu avec beaucoup d’intérêt le rapport sur les missions, la valorisation et la formation des cadres de santé que Madame de Singly a remis à madame Roselyne Bachelot, ministre de la santé, en particulier les parties traitant des cadres hospitaliers des filières soignantes et médico-techniques. Le trouvant bien construit et de lecture facile, elle pense qu’il appelle cependant plusieurs remarques concernant la revalorisation salariale, le statut, les faisant fonction, la formation.

Consultable sur le
site de la Mission cadres de santé
, ce rapport est le fruit des échanges, rencontres, colloques et d’un site internet de discussions, ayant permis l’expression des cadres hospitaliers (cadres de filières soins, medico-techniques, administratifs et techniques). Il se veut le reflet de la perception de la mission des cadres hospitaliers, mais il est également porteur de propositions sur leur évolution salariale, leur carrière, leur formation, etc.
Le nerf de la guerre : la revalorisation salariale
Les cadres se sont largement exprimés sur leurs salaires, jugés « ridicules au regard des responsabilités » et peu attractifs. Ils y trouvent d’ailleurs un argument explicatif du manque de postulant à exercer leurs professions.
« Tant que je n’aurais pas le salaire à la hauteur du travail que je fournis, je ne serai pas satisfaite » ; « Le travail de cadre est tout à fait assumé par les cadres actuels. Seul le salaire ne suit pas ! » ; « Je suis passionné par mon travail (auprès des équipes, des usagers, des missions transversales), mais quand à la fin du mois, je fais le compte de mes heures et regarde ma fiche de paye... J’ai parfois envie de tout envoyer promener et de rendre mon tablier. »
➢ Je suis d’accord sur la proposition de revalorisation du point indiciaire, mais je pense qu’il aurait été judicieux de demander en plus une intégration des primes dans le salaire de base, ce qui se fait pour certains fonctionnaires, par exemple, les policiers. Ce qui se fait chez les uns devrait pouvoir se faire chez les autres. D’un point de vue juridique, il serait possible en l’espèce de faire valoir le principe de l’égalité de traitement.
➢ En ce qui concerne la référence au statut, la mission semble garder les différences entre les cadres (de proximité, supérieur et CPP ainsi que formateur) alors que cela ne semble pas être ce qu’ils veulent.
« Ne peut-on pas sortir du carcan des catégories ABC ? »
Catherine, cadre de santé médico-technique, Pitié-Salpêtrière : « Il n’y a quasiment plus de postes à pourvoir pour les médico-techniques. Aujourd’hui, nos perspectives de carrière sont de plus en plus réduites. »
Cela me gène fortement, surtout dans un contexte de reconnaissance des compétences. La reconnaissance par le statut a largement fait la preuve de son inefficacité.
➢ Pourquoi ne pas adopter une progression de carrière en ligne continue, à la façon militaire, par exemple ?
« Je suis partisan de la fusion des deux grades et depuis longtemps. » « Si quelqu’un peut m’éclairer, je vois toujours pas l’intérêt du concours sur titre. »
Le cadre sortant des IFCS, tout fraîchement diplômé, va gravir les échelons tout comme un lieutenant parvient au grade de colonel, le traitement de salaire correspondant aux barrettes portées. Pour accéder au grade de commandement, entreraient en ligne de compte les diplômes universitaires, les formations et les compétences reconnues et validées, ainsi que l’obtention de résultats. A ce niveau, il faudrait pouvoir ouvrir des passerelles pour investir les postes de directions.
➢ Je ne suis pas d’accord pour l’intéressement au mérite, sauf à donner les moyens de réussite, ce qu’aujourd’hui l’encadrement n’a pas (véritable délégation, main mise sur le porte monnaie, direction fonctionnelles bloquantes, ...).
La reconnaissance des « Faisant Fonction »
Peut être que changer l’appellation de « faisant fonction » pour la transformer en « cadre apprenant » peut avoir un impact en terme de reconnaissance. Pas si sûr ! Mais si la sémantique l’exige, pourquoi pas ? Cependant, changer de nom ne résout rien. La problématique du faisant fonction, des critères de sélection à cette fonction, de sa reconnaissance, des compétences qu’il doit développer et de sa formation justifierait à elle seule une étude.
Or, dans le chapitre qui leur est consacré, hormis le changement de nom, je n’ai rien constaté de résolument audacieux. Le « cadre apprenant » (vocabulaire qui me fait penser au non voyant à la place des aveugles, au non comprenant pour les imbéciles…) y est la copie de son frère le « faisant fonction ». Rien de bien innovant.
De plus, les critères de choix du tuteur sont plutôt flous. Quel sera son rôle ? qui le choisira s’il n’est pas déchargé de ses obligation de service ? Il en va de même pour la détection des futurs talents. Quels seront les outils de détection ? Les grilles de sélection ? Rien n’est proposé. Devons nous penser que perdurera , en la matière, le subjectif et la note de « gueule » ? Enfin, la VAE des « faisant fonction » n’a pas été abordée non plus.
La formation
Un partenariat avec l’université est nécessaire et développé actuellement, mais de là à créer des instituts régionaux de formation cadres !! Apprenons déjà à utiliser ce qui existe ! Les IFCS sont les écoles d’application pour les cadres de santé. Elles ont besoin un dépoussiérage, non d’une estocade.
Pour assurer un véritable mélange de cultures, il faut commencer par faire entrer dans les IFCS à repartions égales les infirmiers (majoritaires) et les autres personnels para-médicaux. Comment assurer un mélange quand il existe une filière majoritairement représentée ? Actuellement, le quota est de 5 places en moyennes pour 100 places pour les filières soignantes. Il est imposé par un système d’accréditation par le ministère. Supprimer celui-ci serait une piste à fouiller
Pour aller dans ce sens, il faudrait supprimer le diplôme d’appartenance à la famille professionnelle d’origine, ce qui permettrait aux filiaires médico-techniques d’accéder avec une chance égale de réussite aux concours sur titres de cadre, qu’ils soient supérieur ou de proximité
« Je suis cadre depuis 16 ans, faisant fonction de cadre supérieur. Je suis titulaire d’un master 2 mais le concours sur titre pour les médico-techniques n’a pas été ouvert. Pourquoi ne pas ouvrir le concours de santé supérieur de santé à toutes les filières ? »
Cela serait déjà un début qui favoriserait un mélange culturel. Ce qui laisserait du temps à l’élaboration d’un véritable projet de tronc commun de formation inter cadres.
De nouvelles structures de formation interrégionales sont proposées, mais rien sur leur fonctionnement, sur les enseignants qui y exerceront... . Doit on imaginer qu’elles seront sous la tutelle directe de l’EHESP et de son directeur, qui aura tout pouvoir ? Quid des universités ? Quels seront leurs rôles ? En tout cas, tel que présenté, pas un contre pouvoir ! Tout cela est-il bien démocratique ?
La question des formateurs
Il serait judicieux d’imposer aux formateurs la pratique du terrain. Gardons à l’esprit que les IFCS sont des écoles d’application de l’encadrement. En poste depuis longtemps, titulaires de leur charge, ils sont déconnectés de la réalité du terrain. Aussi il leur est difficile de parler d’expérience, même s’ils ont un Master. Il faut que les postes en IFCS ne soient pas données à vie, mais sur une période de 4 ou 5 ans.
Pourquoi ne proposer qu’aux formateurs d’aller plus loin dans les cursus universitaires ou de recherche ? Cela me chagrine fort. Le cadre de santé de terrain, titulaire d’un diplôme universitaire serait il incapable de présenter un thèse ? Qu’est ce que les formateurs ont de plus que le cadre de santé ? Ne sont ils pas issus des mêmes instituts de formation ? Existe t’il une hiérarchie des masters ?
Enfin pour clore ce chapitre, il faut que les intervenants en IFCS puissent être issus du terrain et que le choix d’intervenir soit imposée par la fac en cas de désaccord de la direction de l’IFCS .
Les statuts et le pouvoir
Rien, le néant, si ce n’est qu’est laissée en place la souveraineté des statuts. Souveraineté qui a fait la preuve de son caractère castrateur et bloquant. Notre chère bureaucratie hospitalière aurait donc de beaux jours devant elle ?
En ce qui concerne le pouvoir engendré par les strates de hiérarchie, il ne faut surtout pas croire que parce qu’à dominante féminine, ces dames ne sont pas intéressées par le pouvoir. Grave erreur ! Le bureau avec son petit nom en gras a encore une main mise importante sur les plannings et les notations. Peut être est-ce la raison pour laquelle beaucoup de cadres supérieurs et CPP désirent la pérennisation des statuts.
En fait, en ce qui concerne la suppression des fameux statuts chers à notre bureaucratie hospitalière, je n’ai rien trouvé dans le rapport. C’était une révolution que j’attendais. Mais pour faire la révolution, il faut avoir une idée de la reconstruction à venir, ce qui ne semble pas être le cas.

Autres petites questions diverses
Il faut arrêter de nous bassiner avec des procédures EPP qui encombrent les bibliothèques et qui ne sont pas appliquées car inapplicables. Je ne pense pas que le cadre ait foncièrement besoin des autorisation des ARS. S’il est porteur d’un projet, qu’il puisse directement le présenter au directeur d’établissement sans avoir besoin de passer par les directions des soins ou autres !
Qu’ont les sages femmes de plus dans l’encadrement de leurs services pour être en marge ?
La création d’un collège cadre : oui, mais avec une véritable écoute et en étant considéré comme une force de proposition ; non si c’est pour y intégrer les syndicats ou membres de l’Ordre. Cela évitera les dérives. Leurs interventions sur le forum n’étaient pas judicieuses. En les autorisant à prendre la parole, celui-ci a perdu de sa crédibilité (sentiment partagé par certains de mes collègues). Les cadres par les cadres et pour les cadres.
En conclusion
Un rapport bien construit, de compréhension facile, qui manque d’énergie dans la présentation des propositions.
Un rapport timoré et politiquement correct, qui a quelques peu déçu mes attentes de renouveau et d’innovation.
Photos : Albert aux Petites Écuries, 2004 © serge cannasse