Tabagisme passif : une campagne d’intoxication ?
mars 2008, par serge cannasse 
Le nombre de morts habituellement avancé dus au tabagisme passif est compris entre 5 000 et 6 000. Il est fortement contesté par le Pr Molimard, pionnier de la recherche sur le tabac et inventeur du mot "tabacologie". L’argumentation est un peu rébarbative, mais vaut la peine d’être suivie, venant de quelqu’un qu’on prendra difficilement pour un plaisantin ou un contestataire estampillé.

L’escalade des chiffres
Robert Molimard commence par citer Catherine Hill, épidémiologiste et spécialiste du tabac, qui , il y a une quinzaine d’années, estimait le nombre de cancers du poumon imputables au tabagisme passif à 100 à 300 par an, insistait sur la difficulté à chiffrer précisément un groupe aussi faible numériquement et évaluait le maximum envisageable à 1000 par an.
En 1993, le Pr Tubiana estimait ce nombre à 105, dans un rapport de l’Académie de médecine. Mais il proposait un chiffre de 2 500 à 3 000 décès par an par tabagisme passif, toutes causes confondues, la principale étant les accidents cardiovasculaires (infarctus principalement). Ce chiffre résultait d’une extrapolation à partir des statistiques américaines, qui montrent toujours plus d’accidents cardiovasculaires qu’en France. Première imprécision.
Deuxième imprécision, il ne tenait pas compte des facteurs de risque associés, comme la nourriture riche en matières grasses (viande), commune au fumeur et, par exemple, à sa compagne, sa grande victime, facteurs jouant un rôle non évalué dans la surmortalité des tabagiques passifs.
En 2005, un nouveau rapport à l’Académie de médecine et un rapport de l’IGAS reprennent les chiffres du Pr Tubiana, en l’absence de toute étude épidémiologique nouvelle.
En 2006, le journal Libération cite le député Yves Bur, qui fait grimper les enchères à 5 000, avec succès, sans argumentation nouvelle.
2007 : on passe à 6 000, grâce au Pr Dubois, qui cite les résultats du rapport européen "Lifting the smokescreen, 10 reasons for a smokefree Europe", sans signaler deux erreurs méthodologiques de taille. Parmi les 6 000 morts dus au tabagisme passif, il y a 5 000 tabagiques actifs, mais passifs aussi, puisqu’ils respirent la fumée qu’ils viennent d’expirer ! Les anciens fumeurs sont classés comme "non fumeurs", sans aucune précision sur l’ancienneté de leur arrêt. Or cancers et maladies cardiovasculaires peuvent se révéler plusieurs années après celui-ci.
" La vérité devrait suffire "
Le but du Pr Molimard n’est nullement de nier la toxicité du tabac respiré passivement. Il cite lui-même quelques pathologies associées (otite séreuse chez l’enfant). Il est de ne pas raconter n’importe quoi pour la " bonne cause ". Comme il l’écrit, " la vérité devrait suffire ". " Le seul problème est celui de la concentration des toxiques dans l’environnement que l’on respire. Elle dépend beaucoup plus du volume et de la ventilation de l’espace que de la composition de la fumée émise. " Il est vrai que ventiler l’espace est plus compliqué à réaliser que mettre les fumeurs dehors...
S’y ajoute un soupçon : le rapport européen cité par le Pr Dubois a été présenté lors d’une conférence sponsorisée par GlaxoSmithKline et Pfizer, tous deux fabricants de produits de substitution au tabac parmi les plus vendus.
Un appel de Robert Molimard et Guy Caro : Hygiénisme moral, puritanisme d’Etat, ou lobbies industriels ?
En novembre 2007, le Pr Molimard et le Dr Guy Caro ont lancé un appel, disponible sur le
site tabacologie
, contre la " politique actuelle à l’égard de l’alcool et du tabac ". Selon eux, l’usage très répandu de ces produits dans les sociétés humaines témoigne " de leur rôle majeur dans l’équilibre des individus et l’harmonie de la société." " Le tabac donne hélas le cancer et l’infarctus. Mais aussi combien de fumeurs plongent dans une dépression profonde dès qu’ils arrêtent, dont ils ressortent en refumant." Alcool et tabac contribuent au lien social : " L’interdiction d’y fumer (dans les bistrots - ndr) est contestée, et contestable, notamment dans des régions comme la Bretagne où des risques de fermetures peuvent affaiblir le lien social, l’animation culturelle et la convivialité de territoires ruraux et de quartiers urbains." Ils ajoutent : " Il est scandaleux que la répression soit la seule formule retenue, quand toute l’histoire du monde prouve qu’elle est inefficace et conduit fatalement à un rejet."
Et font remarquer que la baisse de 29 % du pourcentage de fumeurs relevée par l’enquête INSEE de 2003 a été transformée en "nombre de vies sauvées et que les résultats de l’Eurobarometer la même année, qui enregistre une hausse à 44%, ont été passés sous silence.

Entretien avec Robert Molimard (vidéo)