Un pass contraception pour lutter contre l’avortement
novembre 2011, par serge cannasse 
Pour lutter contre le taux élevé d’IVG, trois régions ont décidé d’expérimenter le "pass contraception" en direction des jeunes adolescent(e)s, c’est-à-dire des bons pour la délivrance gratuite de contraceptifs, à retirer en particulier auprès de l’infirmière scolaire. En Île de France, le résultat semble mitigé (la région, qui finance le dispositif, ne l’a pas encore évalué), ce que certains avaient prévu.

Le paradoxe français sur l’avortement est connu : le nombre des IVG reste stable bien que la France soit un des pays où les moyens contraceptifs sont le mieux diffusés. Le rapport de l’IGAS paru en février 2011 estimait cependant que certains avortements volontaires pouvaient être prévenus, notamment ceux auxquels ont recours les plus jeunes femmes, pourvu que les moyens contraceptifs leur soient accessibles gratuitement et anonymement, c’est-à-dire sans que leurs parents le sachent ! L’idée a été reprise par le Conseil Régional d’Île de France (présidé par Jean-Paul Huchon, PS) : il finance des « pass contraception », constitués d’un chéquier comportant des bons pour la délivrance gratuite de contraceptifs, mais aussi pour deux consultations médicales (remboursées sous 30 jours aux prescripteurs) et des examens biologiques gratuits. Ils seront délivrés par une infirmière scolaire ou par un référent santé.
Alors qu’il s’était opposé à un projet voisin initié par la région Poitou-Charentes (celle de Ségolène Royal …), le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, s’est déclaré prêt à examiner l’extension du dispositif francilien à l’ensemble du territoire : il aurait l’avantage de présenter une « démarche globale ». Le projet est également approuvé par la députée Bérengère Poletti (UMP), chargée d’une mission sur l’accès à la contraception des adolescents. La région PACA a annoncé sa mise en place. En revanche, la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP) s’y oppose : « Il ne faut pas se subsituer aux parents. » Elle se prononce en faveur d’une « relation de confiance parents-enfants »…
On retiendra plutôt la contribution de la sociologue Nathalie Bajos, spécialiste de ces questions, qui approuve le dispositif, mais sans illusion sur son efficacité. Pour elle en effet, la hausse des avortements constatée dans la tranche d’âge visée n’est pas due à une augmentation des rapports non protégés par ignorance ou oubli de la contraception, mais à un changement de la « norme procréative » : « Aujourd’hui, on recourt plus facilement à l’IVG. » Elle pense qu’il « est primordial de renforcer l’éducation sexuelle et de changer de discours sur la sexualité, (en insistant) sur le partage et le respect de l’autre. » Argument repris par Pascale Morinière, vice-présidente de la Confédération nationale des associations familiales catholiques, qui craint que le pass soit un « parapluie derrière lequel on s’abrite » et déresponsabilise les parents. Pour Marie-Laure Bazile, conseillère conjugale et familiale, "les jeunes filles ont les mêmes craintes, les mêmes problèmes qu’il y a vingt ans, mais amplifiés par Internet et la pornographie."
Une enquête de Sylvie Kerviel (Le Monde) semble bien leur donner raison, du moins en Île de France : les adolescents ne se précipitent pas chez l’infirmière scolaire pour obtenir les bons de contraceptifs. L’une d’elles en donne une raison simple : les jeunes disposent déjà de 22 centres de planification à Paris, dont ils peuvent trouver les coordonnées sur leur smartphone.
Pour Martine Hatchuel, gynécologue, l’information sur la sexualité devrait arriver tôt dans le cursus scolaire, dès l’école primaire : " La conséquence d’une information à la sexualité tôt, c’est un taux faible d’IVG, ce qui est le cas des pays nordiques, contrairement aux Anglo-Saxons, chez qui la sexualité n’est jamais évoquée et où les taux de grossesse chez les mineures sont les plus élevés du monde occidental."
Photo : France, 2011 © serge cannasse