Les deux commentaires précédents sont malheureusement le reflet d’une réaction assez fréquente chez les médecins dès que quelqu’un ose parler de leurs revenus ou rappeler l’existence de la sécurité sociale. Assez fréquente, mais, je crois, de moins en moins, en particulier chez les jeunes généralistes que je rencontre, qui aiment leur métier et qui ne font certainement pas porter le poids de ses difficultés sur les journalistes ou les économistes.
Quelques précisions donc. Claude Évin n’est pas mon gourou, ni qui que ce soit d’ailleurs. Cela étant, je ne partage pas l’appréciation qui en est faite, ni le ton sur lequel elle est faite, proprement agaçant chez des gens censés faire preuve de respect et d’écoute.
Je ne déteste pas la médecine libérale, comme le montre plusieurs autres articles de ce site. En revanche, je pense que le paiement à l’acte pose quelques très sérieux problèmes, ce qui ne veut pas dire qu’il faut le supprimer, mais qu’il faut le compléter. Vous avouerez qu’il ne s’agit pas là d’une position extraordinairement originale ou subversive, puisqu’elle est reprise par bon nombre de médecins, y compris au Conseil national de l’Ordre. Il faut également rappeler que le système du paiement à l’acte n’est pas forcément le plus avantageux financièrement pour les médecins, comme le montre un certain nombre d’exemples étrangers. J’ose même penser que l’on peut faire co-exister plusieurs modes d’exercice : dans un système libéral, la règle est tout de même que le meilleur gagne. Est-ce un principe qui vous dérange ?
Je ne crois pas que ce soit exclusivement aux médecins de définir le système de soins, bien qu’ils aient évidemment plus qu’un mot à dire. Jusqu’à preuve du contraire, dans une société démocratique, les enjeux qui concernent tout le monde ne sont pas réservés à une élite, voire une caste, du moins s’y efforce t’on.
Les certitudes des économistes et autres journalistes ne se sont pas effondrées en octobre 2008, pour la bonne raison que, comme les médecins, ils sont loin de constituer un groupe homogène. L’économie n’est pas une science "dure", certes, la médecine non plus. "La science économique" a su prévoir le crash financier, du moins un bon nombre de ses représentants, mais comme la médecine n’empêche pas toutes les évolutions fatales ni n’en prévoit la date exacte, tout en sachant qu’elles sont inéluctables, elle n’a rien pu faire pour l’empêcher, pour des raisons que je ne peux pas développer ici. Je vous conseille cependant de revenir, par exemple, au livre de Patrick Artus (le capitalisme est en train de s’autodétruire), interviewé dans Carnets de santé. Comme beaucoup de ses confrères, il savait que le problème surviendrait, mais il ne savait pas quand. Les médecins sont ils beaucoup plus malins ?
Permettez moi donc en conclusion de vous suggérer de revenir à la rigueur que vous préconisez et d’avoir quelque attention aux arguments que l’on vous avance si vous voulez avoir vraiment un débat "sérieux, constructif et scientifique" plutôt qu’un acquiescement béat à vos propos.
Restant bien à vous,
Serge Cannasse
Répondre à ce message