C’est vrai qu’on a du mal à déméler les responsabilités dans cette affaire. D’autant que, si je ne me trompe (car il faut vraiment aller à la pêche aux informations sur cette question), la signature d’un protocole entre le patient, le médecin traitant et la caisse sera obligatoire pour TOUTE prescription de méthadone en gélules ! (cf l’arrêté d’application de l’article L 162-4-2 du code de la sécurité sociale)
Moi qui suis médecin dans un CSST devrai non seulement me substituer tous les 6 mois à mes collègues libéraux pour leur donner ma bénédiction, mais encore devrai-je devenir le médecin traitant des patients dont je suis la substitution au centre (ce à quoi je me refuse habituellement pour favoriser leur suivi dans le système de soins de tout un chacun) : sinon, adieu le protocole et adieu le remboursement...
Bien que favorable à certaines des mesures d’encadrement de la substitution, comme la désignation du pharmacien choisi par le patient sur l’ordonnance (système qui, dans mon expérience, favorise la collaboration des trois acteurs plus qu’il ne restreint sur la liberté de l’usager), je ne peux voir dans cet empilement de mesures restrictives qu’une sérieuse entrave à la prescription des gélules, assortie d’une dose supplémentaire de stigmatisation et d’enfermement des personnes dépendantes.
Quant à mon incompétence de généraliste (c’est aussi mon métier), elle supportera une fois de plus l’outrage. Ce qui est de plus en plus dur, c’est bien de devoir en permanence lutter pour s’extraire du rôle qu’on nous assigne.
Alors, à qui la faute si la méthadone gélule reste au placard ? Difficile de dire qui en tire bénéfice ou quelle volonté est à l’oeuvre : on assiste commme souvent à l’effet concret d’instruments normatifs diffus. Nous faut-il accepter cette fois encore d’être un rouage du rouleau compresseur du contôle social ?
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